vendredi 6 juillet 2007

Les Transformers méritaient mieux... [SFF]




Des robots géants qui se camouflent sous la forme de véhicules ou autres objets communs de notre vie quotidienne pour passer inaperçus — enfin, ce qu'ils réussissent à faire lorsqu'ils ne se castagnent pas en public avec explosions et étincelles — ah! Souvenirs d'enfance... Aussi fou que ce concept paraît de l'extérieur, il n'en avait pas moins une logique interne cohérente. Comme beaucoup de gens de mon âge, qui se souviennent de leurs jouets Transformers (un déguisement d'Optimus Prime dans mon cas), j'étais intrigué de voir le passage de ces extra-terrestres de métal au grand écran. Et aussi anxieux. Je n'étais pas inquiet que ça serait époustouflant côté effets spéciaux, mais en tant que passionné de SFF aux ambitions littéraires je ne pouvais que m'inquiéter des mauvais choix de scénario auxquels nous habitue Hollywood depuis plusieurs années.

Et ma foi, le film correspond à mes attentes (incluant les appréhensions). Les Transformers sont époustouflants, non pas seulement dans leur animation, mais dans leur conception même. Le biologiste que je suis ne peut que sourire aujourd'hui de l'aspect carré des robots du dessin animé : des êtres aussi carrés auraient eu dans la réalité autant de mobilité qu'une boîte de conserve. Les concepteurs du film ont visiblement fait leurs devoirs : leurs Transformers sont plus "biologiques ", plus filandreux, ils me font plus penser à la limite aux spécimens plastinés de l'exposition "Le monde du corps". Avec cette conséquence que leurs mouvements paraissent plus naturels. Mais au-delà du physique, l'attitude de chacun est plutôt bien caractérisée, chaque Transformers ayant sa personnalité propre -- j'avoue avoir bien aimé Bumblebee qui, incapable de s'exprimer par sa bouche, communique via la radio qu'il a sous forme de voiture, ses paroles recyclant alors toutes sortes de bribes d'émission radio, multipliant les voix étrangères avec différentes musiques de fond. Quant aux visages -- surtout celui d'Optimus Prime qu'on voit sans masque --, leur conception comme un ensemble de plaques métalliques qui coulissent pour mimer différentes expressions est un compromis intéressant pour donner à des robots une expressivité aussi humaine.

Mais voilà : comme beaucoup de gens, j'allais voir ce film pour les robots. C'est eux qu'on veut voir bouger, parler et se battre joyeusement, on ne va pas là pour une autre raison. D'où un premier choix très fâcheux, selon moi, de la part de Michael Bay et ses scénaristes. Plutôt que de nous faire rencontrer les Transformers tout de suite, de mettre cartes sur table, il a choisi de jouer la carte du mystère : pendant une heure on se concentre surtout sur les protagonistes humains du film, leurs déboires et leurs amours à travers les divers incidents mystérieux que provoque la présence des Transformers ennemis sur Terre -- qu'on voit certes, mais très peu. Cela nous donne droit à une heure d'humains que j'ai trouvés insipides et clichés : l'ado hystérique obsédé par les filles échappé d'un American Pie, les militaires héroïques au Moyen-Orient (quand on y réfléchit, rien en dehors des circonstances politiques actuelles ne justifiait des scènes là-bas), l'informaticienne blonde et séduisante qui reçoit l'aide d'un pirate informatique qui est un noir obèse et hystérique (et énervant) dont nous affligent nombre de films... Arrgghhh ! Autant de "no name" qui ont autant de charisme qu'une poignée de porte... La présence de tous ces personnages sert de prétexte à multiplier les sous-intrigues et les scènes cocasses à l'humour si cliché, si gras qu'on rit peu -- en tout cas moi je n'ai pas ri. J'avoue toutefois avoir bien aimé le personnage de l'agent cinglé joué par John Turturro. Certes, le personnage est plus ou moins utile, mais Turturro le joue avec un amusement évident...

Le problème dans Transformers, c'est qu'il y a trop d'humains à mon avis! On s'en fout de l'ado et de ses déboires avec sa petite amie et ses parents! On va là pour voir les robots, rien d'autre! C'est de la SF qu'on veut, pas un Amercian Pie à la mode SF.

Ce qui aurait mieux marché pour moi c'est qu'on adopte d'emblée le point de vue des Transformers eux-mêmes plutôt que des terriens. C'est le choix qui ne se présente pas d'emblée à l'esprit. Mais selon moi, il est le plus fructueux. Qui sont ces robots? Pourquoi se divisent-ils en deux clans rivaux? Et pourquoi l'un des clans est-il favorable aux humains? Certains des "gentils" robots avouent sciemment ne pas comprendre pourquoi ils aideraient les humains. Il m'aurait semblé logique que les deux clans ennemis -- Autobots et Decepticons -- n'en aient rien à faire des humains dans un premier temps, mais qu'à la longue l'un des deux clans finit par s'attacher à nous et devient notre allié. Ça m'aurait semblé plus logique que les paroles toutes faites qu'on a placées dans la bouche d'Optimus Prime pour justifier la protection qu'il accorde d'emblée, sans raisons, aux humains. Je confesse que l'amateur de SFF que je suis adore les histoires où on donne le point de vue du monstre, de l'extra-terrestre, du robot et du mutant, mais je crois que dans ce cas le film aurait gagné sur plusieurs plans. En tout cas, toutes les questions qui m'intéressaient sur les Transformers n'ont pas vraiment trouvé réponse.

Mais bon, on ne peut pas être surpris. Entre l'audace et la facilité Hollywood choisit beaucoup la facilité. Mais un sujet aussi fou en apparence que celui des Transformers, et donc détenteur d'une certaine dose d'audace, en aurait mérité aussi de la part des scénaristes.

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