vendredi 6 juillet 2007

Moustiques transgéniques pour lutter contre les maladies vectorielles? [Bioéthique]


Changements climatiques aidant, les moustiques prolifèrent de mieux en mieux dans nos régions tempérées. Or, ces insectes véhiculent nombre de maladies — dites « maladies vectorielles » — qui constituent des problèmes de santé publique dans les pays plus équatoriaux. On observe déjà l’apparition de telles pathologies aux États-Unis et au Canada, notamment le virus du Nil occidental. Bien que ce phénomène commence à peine il fait déjà l’objet d’une surveillance attentive de notre santé publique.

Un article intéressant de Christophe Boëte publié dans l’Observatoire de la génétique (http://www.ircm.qc.ca/bioethique/obsgenetique, numéro du 32 avril/mai 2007 qui sera sûrement disponible sous peu au grand public, mais on peut trouver un autre article du même auteur sur le même sujet à http://www.monde-diplomatique.fr/imprimer/13615/576ff399fd ) nous parle de la mise au point possible de moustiques transgéniques comme stratégie de lutte contre ces maladies. Beaucoup de maladies vectorielles n’ont aucun traitement, ni vaccin, et la meilleure approche pour les combattre reste la lutte contre les insectes qui les véhiculent. Si l’idée d’une lutte génétique remonte aux années 1930, le génie génétique nous permet aujourd’hui d’envisager la création de moustiques qui seraient incapables de véhiculer les microorganismes responsables du paludisme, de la dengue, etc. La stratégie consiste à relâcher ces moustiques transgéniques dans la nature et à espérer qu’ils se reproduisent assez pour supplanter en nombre les moustiques capables de transmettre les maladies. Ainsi, nous pourrions diminuer le risque d’être piqué par un insecte infecté.

Outre les enjeux propres aux OGM, cette idée soulève des questions relatives à la santé publique : il existe déjà des moyens pour lutter contre les moustiques qui ont fait leurs preuves, mais que certains pays ne peuvent s’offrir. Pour ma part, un examen rapide de la littéraure me convainc que scientifiquement parlant l’approche comporte encore trop d’incertitudes pour être jugée éthiquement acceptable. En éthique de la recherche, un projet de recherche est de facto jugé éthiquement inacceptable si scientifiquement il est mal fondé. Le même principe me semble valide ici. Des recherches supplémentaires sont nécessaires avant de pouvoir trancher cette question des moustiques transgéniques, mais en ce moment je crois qu’il vaut mieux s’abstenir.

1 commentaire:

gicerilla a dit…

Mais où jusqu'où n'irons-nous pas ? L'idée est incroyable et pourtant j'aurais envie d'y croire en me disant que, décidément, toute idée contient souvent un avers positif et un revers qui pourrait nous nuire. La recherche génétique, tour à tour, arme fatale ou panacée. Et depuis 2007, où en est-on sur le sujet ?