dimanche 19 août 2007

Tu m'accordes cette danse, le loup?


Danser avec les loups! Ça faisait des années que j’attendais de concrétiser ce rêve. Une rencontre du troisième type donc que j’ai effectuée ce samedi le 18 et que je n’oublierai jamais. Et que je vais sûrement répéter. Des photos s’en viennent, elles seront disponibles sous peu (désolé, je ne suis pas encore à l’aire du numérique pour les photos et la machine du gars qui développe les films est brisée, grrr…)

On ne peut voir les loups en captivité que de loin, sans jamais pouvoir tenter un contact avec eux. Dommage, car cela dissiperait bon nombre de préjugés issus des contes pour enfants dans lesquels les humains projettent leurs propres travers sur ce canidé. Mais au centre de vacances "Ferme 5 étoiles" de Sacré-Cœur, au Saguenay, (http://www.ferme5etoiles.com/ 1-877-236-4551, à 15 minutes de Tadoussac, ce qui place le site à un endroit raisonnable autant pour les gens du Saguenay que des grands centres), on nous offre la possibilité d’entrer dans l’enclos d’un couple de loups arctiques, dont vous pouvez voir une photo ici, tirée du site web du centre. L'activité, surnommée "la danse avec les loups", coûte 18$. Outre les loups, ce centre permet d’observer et de toucher plusieurs bêtes (même un petit ours noir). Mais bon, je suis surtout resté avec les loups, c’est pour eux que je venais et ils m’ont offert un spectacle au-delà de mes espérances les plus folles.

À commencer par un concert au petit matin — pour moi, les loups ne hurlent pas, mais chantent — qui a duré une dizaine de minutes pendant lesquelles je n’ai pas bougé, accroupi à côté de leur enclos à les écouter. Et en restant ainsi en « petit bonhomme », j’ai attiré leur attention — les loups craignent la verticalité — et ils sont venus à plusieurs reprises se faire caresser à travers le grillage.

Le contact proprement dit obéit à un protocole précis. Jimmy, l’un des propriétaires du centre, entre toujours le premier dans l’enclos. Après quelques secondes, il nous appelle à tour de rôle pour qu’une personne à la fois fasse son entrée. Le secret, c’est de comprendre que si les loups ne sont pas des bêtes asociales, ce ne sont pas des chiens qui se plient à nos manières : ils ont leur façon de faire connaissance avec les étrangers et c’est à nous de suivre leur protocole. D’abord, c’est le mâle qui nous accueille; on est alors bienvenu de lui présenter nos mains à sentir (il ne l’a pas fait longtemps dans mon cas, avec toutes les gratouilles que je lui avais faites au cours de la matinée…). Ensuite, il détermine toujours si vous êtes un mâle ou une femelle — pour lui, pas trente-six solutions, il va vérifier directement l’endroit concerné et vous seriez bien incapable de passer outre son imposante présence tant qu’il n’a pas pris ses cinq secondes pour le faire. Là il vous accepte et vous laisse entrer dans l’enclos — où la louve vous accueille à son tour. Ensuite, vous devez vous agenouiller à côté de Jimmy, en restant à la même hauteur que les bêtes, lesquelles ne se gênent pas pour venir solliciter vos caresses. Car oui, les loups adorent les caresses, surtout sur les flancs. Le truc, c’est d’y aller doucement : on ne brasse jamais un loup comme on le fait avec un chien, il faut y aller avec douceur, ne pas le surprendre. Certains n’osent jamais toucher la tête des loups à cause de la proximité de leur gueule, mais je n’ai pas hésité à leur gratter les oreilles et les laisser me lécher les mains — je savais qu'il n'y avait aucun danger. Sur un autre plan, il ne faut pas tenter de soutenir le regard des loups de front pendant plusieurs secondes, ce geste étant une provocation universelle dans le monde animal — et chez les humains aussi pour peu qu’on s’y attarde. Aussi, tout en étant à genoux, on ne doit pas chercher à dominer en hauteur le mâle, qui pourrait être mis mal à l’aise et nous en avertir par un léger grondement — mais pas d’inquiétude, un loup grondant n’est vraiment fâché que s’il manifeste d’autres signes, comme relever la queue. Et avec le gardien à nos côtés, il n’y a aucun danger.

Toucher un loup en vrai ne ressemble en rien à ce qu’on peut imaginer à partir des documentaires. Le poil est solide, résistant, mais étonnamment doux; les doigts s’y enfoncent avec aisance. Et l’odeur est différente. Un loup ne sent pas le chien, c’est autre chose et ce n’est pas désagréable — certes, un loup mouillé doit sentir fort, mais beaucoup de chiens propres ont une odeur à la limite du désagréable. L’odeur du loup toutefois ne suscite pas la même impression — et pourtant elle est persistante, mes mains sont restées longtemps imprégnées. Une autre chose fascinante, c’est d’observer tous les tics et mimiques que les loups emploient pour communiquer. Les loups nous parlent à leur façon, c’est un must de connaître un peu leur langage avant de les rencontrer — l’expérience est plus jouissive si on se documente un peu et si, avant d’entrer dans l’enclos, on fait connaissance avec les bêtes à travers le grillage pour bien les observer.

Bref, une expérience sur laquelle je pourrais m’étendre longtemps, mais aucun résumé ne vaut l’aventure elle-même… Cet hiver j'y retourne sûrement pour voir les loups dans leur pelage d'hiver, et tiens, j'en profiterai pour faire du traîneau à chiens, je n'ai jamais essayé...

4 commentaires:

Patrick Soucy a dit…

Tu est chanceux!

J'ai dans l'idée de mêler le mythe du loup-garou pour mon prochain roman à d'autres mythes semblables... Si j'ai une bonne vingtaine de livres documentaires traitant du sujet des loups-garous, je n'ai malheureusement jamais eu cette chance de toucher ce type d'animal (le loup, on s'entends!).

Évidemment, lorsque je redigerai ce roman, je vais devoir prendre des démarches pour le faire, pour ressentir CE feeling!

Philippe-Aubert Côté a dit…

Ça vaut la peine en effet de tenter (et re-tenter :-) ) le trip, parce que j'ai eu une idée semblable dans la voiture en revenant. J'ai déjà écrit des histoires de loups-garous, plutôt positives parce que j'avais moi-même une vision positive des loups, mais j'ai réalisé qu'au moment de décrire la bête j'étais dans les patates... Certes, je pouvais recopier les évidences qu'on déduit à partir des documentaires animaliers mais après avoir touché l'animal je vois que c'est différent -- ne serait-ce que pour le poil et l'odeur qui n'ont rien à voir avec ce à quoi on peut s'attendre. Sans parler du côté câlin de l'animal...

Gen a dit…

Je viens de tomber sur ce billet.

Je l'ai trouvé fascinant, car il y a deux ans, je suis allée faire du traîneau à chien. L'endroit où je suis allée avait un immense cheptel de huskys... et deux loups mâles. Ils les utilisent pour les accoupler à des huskys afin de préserver leurs qualités qui leur viennent du loup (force, esprit de meute et résistance au froid si j'ai bien compris).

Parce qu'ils veulent que leurs bêtes soient très sociales, les plus courageux pouvaient entrer dans l'enclos de l'un des loups avec un guide... J'y suis allée et je vais dire comme toi, c'est tout un trip! Le loup a même semblé essayer de me séduire (j'ai eu droit à une lichette sur le nez et il s'est pressé flanc à flanc avec moi).

Sauf qu'il y avait un épais avec nous qui a ensuite fait tout ce qu'il ne fallait pas faire, malgré ou à cause des avertissements du guide (il s'est tenu plus haut que le mâle et l'a fixé du regard).

Le guide nous a fait sortir avant que ça dégénère, mais le loup a grondé et hurlé après notre départ.

Et je peux te dire que mon cerveau primitif connaissait très bien ces bruits : j'en ai eu le poil qui m'a retroussé sur les bras et j'avais une envie folle de me trouver un arbre bien haut pour m'y réfugier!

Philippe-Aubert Côté a dit…

Houlà, il y en a qui comprennent vraiment rien aux bêtes... Avec les loups c'est simple tant qu'on se soumet à leurs règles de politesse... Ts ts ts...

Et oui, possiblement qu'il a voulu te faire de l'oeil, le loup. Ils ont tendance à séduire les visiteurs. QUand j'ai fait le trip, le loup était très gentil avec les filles... et la louve profitait de sa distraction pour faire amie-ami avec moi :-)