jeudi 20 septembre 2007

Jésus, on reprend le Québec?


On l'entend trop souvent à la Commission Bouchard-Taylor: il faut revenir au Catholicisme parce que ça fait partie de notre histoire, parce que cela fait partie de nos racines.

Oui d'accord, le Québec a un passé catholique. Oui d'accord, la religion a maintenu une certaine unité dans la communauté québécoise. Oui d'accord, pendant longtemps les québécois ont pu se définir par leur religion (autant ou plus que leur langue, ça reste à mesurer).

Et puis après? So what?

L'Église a eu des bons côtés, certes, par exemple en apportant l'éducation dans des endroits difficiles. Mais l'Église au Québec, c'était aussi une omniprésence, une entité qui se mêlait de tout, y compris la politique, interdisait les livres comme au Moyen Âge, tuait la libre-pensée, maintenait les femmes au foyer et veillait scrupuleusement à ce qu'elles soient toujours enceintes, venait prélever un tribut sur chaque famille, l'aîné étant forcé souvent de devenir prêtre... L'Église, c'était la peur, la peur du diable, la peur de l'enfer, la peur de Dieu... avec toutes ces peurs, impossible de défier son autorité.

L'Église, elle se tenait à côté de Duplessis pendant la grande noirceur. Pas question que le Québécois s'affranchisse et aspire à avoir une autre vie que celle du "pauvre petit Québécois né pour un petit pain". Dans les Belles histoires des pays d'en haut, pas question que les citoyens de Sainte-Adèle jette leurs bêches au diable pour aller entreprendre quelque projet d'envergure: le curé labelle, obèse et grassement nourri, les sermonne à longueur de journée que leur destinée se trouve dans la terre sale et la misère, nulle part ailleurs.

Oui le Québec a un passé catholique, mais on a voulu passer à autre chose avec la Révolution tranquille. On a passé à autre chose que les Belles histoires des pays d'en haut. Mais certains qui ont connu cette époque semble vouloir retourner dans le Catholicisme, sous prétexte que ce sont là nos racines. Mais l'arbre s'éloigne toujours de ses racines, il ne s'y limite pas.

Connaître son passé, oui, il le faut. Mais non vivre dedans. Connaître le passé, cela veut dire ne pas le revivre, ne pas commettre de nouveau les mêmes erreurs. Et ce que la connaissance du passé me montre, c'est qu'un retour au catholicisme ne serait qu'un vaste retour en arrière sur des acquis qui ont été acquis chèrement, comme la liberté d'esprit et l'égalité des femmes. Revenir à une religion d'État, c'est nier la richesse multiculturelle, nier l'autre et nier toutes les idées contraires qui, pourtant, nous ont apporté beaucoup plus de bienfaits que toutes les religions du monde. Ce que la connaissance du passé m'a appris, ce qu'est ces religions dont certains espèrent tant le retour ont versé beaucoup plus de sang que l'athéisme ou l'agnosticisme réunis. Non au Catholicisme dans la sphère publique, mais aussi non à toutes les autres religions. Aucune religion n'est assez rationnelle pour mériter l'honneur de gérer la politique. Merci au Catholicisme pour ses quelques rares bienfaits, mais bonsoir pour le reste!

Ceux qui espèrent un retour au Catholicisme dans notre société au nom de la connaissance de l'Histoire devraient aller refaire leurs devoirs.

2 commentaires:

M�tatron/Malek/Martin a dit…

Alors là, je suis en désaccord avec la Commission Bouchard-Taylor, tout comme toi. Cependant, il ne faut pas envoyer trop vite le catholicisme dans le coin du mur. Si les choses ont mal tourné, c'est parce que les hommes d'état et les ecclésistiques de l'époque n'ont pas su adapter leur religion à une société naissante ou adolescente comme la nôtre.

Il faut savoir que le catholicisme en soi, comme tu le sais surement, ça n'a rien de mal. Surpris d'entendre cela venant de moi! Et bien c'est que j'en ai contre les religions, mais pas contre ce qu'elles apportent. Je suis certain que cette commission voit la religion comme une réponse partielle à nos problèmes, parce que ce qu'elle rapporterait parmi nous, c'est la foi et le sens des valeur. Qui trouve que notre société est vertueuse ou même pieuse? Personne, c'est vrai. Et puis on va me dire : "Mais qui veut de la vertu?:" Personne, non plus. Mais il reste que ces quelques vestiges maintenant relégés aux livres d'histoires et à la littérature d'ancien régime, sont peut-être ce dont notre peuple a besoin. Peut-être qu'un peu de foi en une figure charismatique, bien déployée, saine et franche (par exemple, un Jésus ben ben smath), saura redorer le blason de notre sentiment national, et de notre fierté en tant que Québécois.

Bien sûr, je pars de loin, et je sais que l'Église ne voudra jamais s'adonner à l'enseignement d'une religion plus épurée, et moins intransigeante. Mais il reste que nous connaissons des pionniers qui changent les choses en ce moment, et qui essaient de ramener les valeurs religieuses, pas si mauvaises, parmi les brebis égarées. Il faut simplement se rendre compte que la religion comme elle était avant est bannie à jamais. Et que ce qu'elle est devenue, avec l'aide et les efforts de ces visionnaires spirituels, pourrait peut-être nous rendre de ce que nous avons déjà été.

Philippe-Aubert Côté a dit…

Eh salut Martin, ça boume? Ravi de voir que tu viens sur mon blog ;-)

Petite précision: ce n'est pas la commission qui conclut à la nécessité d'un retour au catholicisme mais plusieurs intervenants... qu'il est inutile de nommer, on les a même vus à Infoman...(notamment un certain maire... hum hum)

Jésus lui-même n’était peut-être pas un mauvais bougre avec sa tendance « all you need is love ». Mais le Catholicisme, c’est justement ce que les autres ont fait de sa tendance, en y glissant tout ce qu’on peut reprocher à l’Église. Le message de Jésus est sans doute noble dans le fond, mais de grâce, limitons-nous à ce fond !

L’autre question est très pertinente : devrait-on avoir une figure charismatique de remplacement ? Très pertinent parce que plusieurs se demandent : pour fonder une morale collective, la religion est un moyen rapide, facile. Mais je doute que ce soit la meilleure approche. Oh, approche très facile, certes, mais il y a trop de dérives possibles… Parce que ça revient à fonder une doctrine qui a des valeurs, et dès lors les valeurs contraires, mais pas nécessairement « mauvaises », deviennent écartés, jugés « mauvaises » — avec l’exclusion de ceux qui les partagent. Pourquoi ne pas fonder la morale sur la discussion, la réflexion, l'éthique, même un peu de vérification empirique, il y a du stock intéressant à aller puiser de ce côté. Et on peut éviter le dogmatisme et la haine de l’autre — ce dont les religions font trop souvent la promotion.

Surtout, les religions sont des discours fixistes, il y a un pas entre la spiritualité, qui est une réflexion personnelle, évolutive et naturelle à chacun de nous, et la religion, qui propose des réponses fixes à nos aspirations spirituelles. Or, le monde n’est dans les faits que changements : changements des mœurs, changements technologiques, changements même géographiques quand on passe d’un pays à l’autre. Comment une religion écrite pour les bergers du désert d’il y a deux mille ans — que ce soit la Christianisme ou l’Islam — est-elle entièrement suffisante pour discuter des réalités du monde contemporain ? Ses prescriptions doivent être constamment rediscutés, réinterprétés, finalement les différents membres d’une même religion prône des choses différentes… Je crois qu’il faut mieux, mais le mieux ne sera pas nécessairement le plus facile…

Eh, faut que je garde ces éléments de discussions pour mes travaux ;-) Mais attention, je garde au minimum 60% des profits :-p