jeudi 4 octobre 2007

Mozart! Viens prendre ton Ritalin!


Certaines maîtresses d’école au primaire — que je ne nommerai pas — étaient catégoriques à mon sujet : pas assez intelligent (elles le murmuraient en pensant probablement que j’étais trop idiot pour ne pas les entendre). Toujours occupé à rêvasser en classe que j’étais. Mes chères dames, cela n’avait rien à voir avec l’intelligence, mais vous ne m’intéressiez tout simplement pas. Sauf quand on faisait des sciences naturelles, du dessin, qu’on s’intéressait à des bouquins plus consistants que ces insipides livres jeunesse aux phrases de quatre mots! Quand ce qu’on me demandait de faire en classe me stimulait vraiment, vous pouviez être sûr que j’étais concentré!
Je me suis reconnu un peu dans les cas d’enfants à qui on prescrit trop vite et facilement du Ritalin, dont nous entretenait aujourd’hui Joël Monzée (voir photo), neuroscientifique impliqué en éthique et auteur d’un excellent site web (http://www.mrj-utopia.com/) sur les maladies mentales des enfants, la neuroéthique, etc. Si vous avez des enfants qui commencent l’école ou que vous vous intéressiez à l’optimisation des performances humaines au moyen des nanotechnologies, c’est une référence très intéressante. M. Monzée venait nous rencontrer dans le cadre des forums du GREB, et je m’y suis rendu attiré par la partie de son exposé consacrée à la manière dont les nanotechnologies pourraient servir à une optimisation des performances humaines. Comblé sur ce point et avec quelques références utiles à mes projets (doctoral et littéraire) notées dans mon carnet, j’ai quand même été fasciné par le reste de sa conférence, consacré à la prescription abusive de médicaments aux enfants. Avec le constat que, si le Ritalin avait été à la mode autrefois, on aurait pu faire pression sur mes parents pour me prescrire cette charmante petite drogue — alors qu’à l’évidence je ne possède aucune des déficiences neuronales responsables des troubles de l’attention et de l’hyperactivité (et M. Monzée de confesser que cela aurait aussi pu être son cas jeune…).

Aujourd’hui, et plusieurs facteurs sociaux y sont impliqués, quand l’enfant manifeste des symptômes d’inattention, de paresse ou d’hyperactivité, on ne cherche pas à comprendre si cela est d’origine neuronale ou si l’environnement y est pour quelque chose. Pas question de voir si c’est la faute d’un programme scolaire peu stimulant, d’un enseignant tyrannique ou de harcèlement de la part de ses camarades : une pilule et hop! Problème réglé.

Mais voilà. Après les enfants, on a les ados, puis les adultes sous Ritalin! Le Ritalin, c’est si facile pour calmer les troubles… plus facile que de soustraire de l’environnement ce qui provoque les troubles. Mais le plus facile n’est ici pas le mieux. Le Ritalin, il agit sur les mêmes récepteurs que la cocaïne. Il provoque d’autres troubles. Aujourd’hui, il calme les symptômes du TDAH, mais que va-t-il provoquer plus tard? (Mais on a pas à s’en inquiéter : à ce moment là on aura une autre pilule pour cela!)

J’ai pensé soudainement à Mozart, le divin Mozart à qui on prête toute sorte de maladies mentales. Mozart, qui aurait sublimé son énergie en se consacrant à la musique. Si on lui avait donné du Ritalin plutôt que de l’encourager à se dépenser dans les notes?

2 commentaires:

Fortrel a dit…

Je suis de ton avis aussi. Je "souffrais" étant enfant de troubles d'attention. Moi je le vois plutôt comme une superbe faculté de concentration: capable de faire abstraction du monde extérieur pour me concentrer sur des rêveries d'enfant ou un problème à régler. Maintenant que je gagne ma vie à programmer des ordinateurs, ce pouvoir de concentration est très utile. J'entre dans "la zone" et il n'existe plus rien sauf l'ordinateur et moi (bon, et une cinquantaine de fils RSS, je dois avouer...) Toujours est-il que c'est une question de point de vue. J'ai un petit bonhomme de 3 ans et sois assuré que ça va prendre des arguments en béton pour que j'accepte qu'il prenne du Ritalin. L'environnement est à mon avis responsable de beaucoup plus de troubles d'attention et d'hyper-activité que les facteurs physiologiques.

My 0.02$ CDN, comme disent les anglais.

Philippe-Aubert Côté a dit…

C'est en gros ce que Joël Monzée nous disait: capable de se détacher pour se concentrer à l'extrême après ne sont pas des comportements pathologiques. Et dans certains cas, il citait les chercheurs en exemple, ce sont des comportements utiles, souhaités. Mais en classe on veut standardiser, on veut pas ces comportements. On touche encore ici aux connotations sociales qu'on donne aux comportements. D'où ma pensée pour Mozart: ses tics étaient vus comme du génie et on l'a encouragé à faire de la musique, ce qui a donné plus de choses utiles que si on l'avait brisé pour le faire entrer dans le moule, avec du Ritalin.