mardi 30 octobre 2007

Méthodologie 101 pour la commission Bouchard-Taylor


Joli freak show à la commission Bouchard-Taylor. Sincèrement, le spectacle de ces quelques vieux xénophobes étalant devant les commissaires autant leurs propos haineux que leur sottise a de quoi vous décourager. Diantre, le Québec est-il vraiment peuplé de spécimens aussi extravagants?

Le hasard de mes lectures m’a fait connaître un petit phénomène que je ne peux m’empêcher d’associer à ce spectacle — sans prétendre bien sûr avoir la compétence pour le diagnostiquer; cette hypothèse n’engage donc que moi et ne repose sur aucune preuve supplémentaire.

Vous voulez faire une commission d’enquête, par exemple sur les accommodements raisonnables. Bonne idée : ainsi, fonderez-vous vos recommandations sur les perceptions du public. Ce faisant, pour le peu que vous soyez honnête intellectuellement dans la rédaction de vos recommandations, celles-ci refléteront le pluralisme moral de la société. Très bien d’un point de vue éthique. La méthode que vous choisissez : conviez tous les gens intéressés à se déplacer pour venir parler lors de forums, ou à rédiger des mémoires. Bien. Bien? Peut-être pas. Éthiquement, l’intention est bonne, mais méthodologiquement, il en va peut-être autrement.

Parce que la participation volontaire à ce genre d’exercice est caractérisée par un biais important, qui porte le nom « d’effet Rosenthal ». Ce phénomène est caractérisé par le fait que, dans les consultations où l’on recrute les répondants sur une base volontaire, ceux qui viennent répondre sont toujours dotés de traits psychologiques particuliers, avec cette conséquence qu’ils ne sont que très peu représentatifs de la population en général. Et pour peu qu’on se remémore les fois où l’on a assisté à un forum, on a pu constater que ceux qui viennent souvent parler au micro semblent avoir un caractère propre, qu’on ne retrouve pas chez ceux qui, bien qu’ils ont aussi de quoi d’intelligent à dire, ne se lèvent pas pour parler. Et bien, ce phénomène qu’on a tous remarqué porte un nom, il a été étudié, publié. Il est si bien connu que, dans les ouvrages méthodologiques sur les enquêtes sociologiques, on nous met en garde contre lui. On nous conseille, pour une recherche universitaire, de recourir à d’autres méthodes de recrutement de répondants que celles faisant intervenir l’effet Rosenthal. Justement parce que ce biais peut fausser nos résultats.

D’où une pensée pour la commission Bouchard-Taylor. Si l’idée d’une commission me semble intéressante dans la mesure où l’on va chercher à étudier le pluralisme de la société québécoise, est-ce que d’un point de vue méthodologique nous ne faisons pas fausse route en fonctionnant avec une participation volontaire? Risquons-nous, dans ce débat si important, de ne récolter finalement que des avis bien peu représentatifs de la population en général? Cela signifie-t-il que nous avons sacrifié, peut-être sans le vouloir, la rigueur intellectuelle nécessaire? Comment pourrait-on compenser cela?

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