dimanche 7 octobre 2007

Peut-on transformer la Lune en gruyère?


Coloniser la Lune pour en extraire de l’hélium-3, gaz susceptible d’alimenter de futurs réacteurs à fusion nucléaire. L’occasion d’alimenter en énergie la planète pour des siècles, sans générer de déchets polluants. C’est ce dont nous entretenait l’émission Découverte ce soir. L’idée est intéressante, elle fait miroiter un substitut à de nombreuses sources d’énergie polluantes responsables des changements climatiques. Idée pas neuve certes, surtout en SF où les histoires d’exploitations minières extra-terrestres abondent (voir Alien ou encore Outland). Mais pour la première fois, on semble l’envisager avec un très grand sérieux. Si grand que de nombreux pays préparent déjà leur arrivée sur la Lune. Beaucoup de visite en perspective.

Même si scientifiquement parlant ce semble intéressant à première vue, une telle entreprise soulève plusieurs questions. Sans prétendre à l’exhaustivité, faute d’une documentation scientifique approfondie et de chiffres sur lesquels appuyer la réflexion, je me demande à brûle-pourpoint…




· Comment seraient distribuées les retombées d’une telle exploitation? Il y a des milliards à faire dans une telle entreprise, le pays qui possèdera la Lune pourra fournir en énergie plusieurs pays, est-ce que ceux qui ont besoin d’énergie, même les plus pauvres, pourront avoir accès à cette ressource?

· Un ou plusieurs pays peuvent-ils revendiquer le territoire lunaire et son exploitation? Est-il aujourd’hui éthiquement acceptable qu’on revendique une parcelle du territoire lunaire parce qu’on s’y est posé le premier? De plus, si sur notre parcelle c’est pauvre en hélium-3, mais que sur celle du voisin cela abonde, va-t-on se livrer à une ou deux petites guerres en règle? Également, comment procéder à une prospection avant de se poser sur un terrain donné? Je veux dire, imaginer qu’on dépense des millions à envoyer un vaisseau pour découvrir que la parcelle choisie est inintéressante… rapport coûts/bénéfices défavorable, non? L’idéal est d’aller inspecter avant. (En tout cas, celui qui pourra indiquer aux pays les endroits intéressants à exploiter pourra vendre cher son information).

· Peut-on exploiter la Lune selon une logique de développement durable ou va-t-on y aller avec la même logique économique dépassée — parce que je subodore les plus pressés dans cette course d’envisager l’opération avec le même mode de pensée. Certains voient d’un mauvais œil qu’on aille creuser la Lune — d’un autre côté, existe-t-il une façon de capturer l’hélium-3 à l’aide d’un piège disposé à la surface lunaire? Pour mettre au point de tels dispositifs, on n’a pas le choix d’aller expérimenter sur l’astre lui-même.

· L’exploitation de la Lune ne devrait-elle pas être placée sous l’autorité d’une organisation mondiale (ONU, UNESCO et autres)? Une coalition où chaque pays apporterait ses ressources et ses talents pour optimiser l’opération (plutôt que de gaspiller argent et efforts dans une compétition futile et stérile) et s’assurerait que tout le monde puisse en profiter?

Évidemment, il faut vérifier d'un point de vue scientifique: quels sont les risques physiques anticipables (creuser la lune pourrait-elle, à la longue, avoir des répercussions sur son orbite par exemple), est-ce que tout cela peut réellement être concrétisé, etc. Des risques avérés trancheraient la question tout de suite. Sur un autre plan, honnêtement, je crois qu’aucun pays ne peut revendiquer la Lune sur la seule base d’y avoir planté un drapeau. La planète entière a besoin d’énergie et doit composer avec les problèmes de changements climatiques et la question est trop importante pour que seuls quelques pays s’octroient le droit de gérer la chose au nom de l’humanité. De plus, je n’ai pas d’informations à ce sujet, mais la Lune peut-elle être considérée comme un « bien » appartenant à l’humanité entière? Existe-t-il des réflexions sur ce sujet? Sinon, je crois que l’entreprise d’exploitation lunaire devra s’accompagner aussi de recherches en droit et en éthique, parce que des problèmes autres que scientifiques vont sûrement surgir…

3 commentaires:

Georges Boulevard a dit…

Est-ce qu'on peut imaginer que les humains soient tellement acculés par la pénurie d'énergie (d'eau, de nourriture, d'espace, de …. ), qu'ils n'aient tout simplement pas le choix d'oublier les jeux de pouvoir et de coopérer pour un développement durable ? Certainement pas un scénario vendeur, pourtant, dans l'histoire du monde, il y a des exemples (discrets) d'ennemis qui se sont reconvertis en amis.

Francis

Georges Boulevard a dit…

L'actualité m'amène à préciser la réflexion au sujet du partage d'une ressource :

La première personne divise la tarte, la seconde choisit le morceau. De cette façon la première personne a une bonne raison de partager la ressource équitablement, et la seconde fait confiance à la première.

C'est l'idée qui est à la base de la "mechanisme designe theory" qui a valu le prix Nobel d'économie 2007 à trois chercheurs ( http://www.globeinvestor.com/servlet/story/RTGAM.20071015.wnobelll1015/GIStory/ ).

Donc, et en simple : la stratégie du partage d'une ressource est différente si l'enjeu est plus ou moins de confort, ou la vie et la mort ( http://en.wikipedia.org/wiki/Chicken_%28game%29 ).

On peut donc imaginer que lorsque l'énergie manquera sur terre au point que les humains en soient rendus à l'importer de la lune, l'enjeu en sera la vie ou la mort de l'humanité. Il pourrait alors être plus intéressant de jouer la colombe que le faucon (cf : les trois équilibres de Nash, dans l'article de wikipédia ci-dessus).

Francis

Philippe-Aubert Côté a dit…

C'est intéressant comme point de vue, j'en prends bonne note!