jeudi 22 novembre 2007

Ah! Ce cher cardinal...


Je ne reviendrai pas sur les excuses du cardinal Marc Ouellet. On en a assez parlé et j’ai entendu d’autres personnes exprimer à plusieurs reprises sur les ondes ma propre opinion — selon laquelle il est très facile de s’excuser et, que dès lors, la sincérité et la valeur d’une excuse se mesure non pas par les paroles, mais par les changements de comportements qu’on s’impose ensuite pour corriger nos erreurs. Pas besoin de m’étendre sur ce sujet.

Il va sans dire que les propos du cardinal m’irritent, mais surtout parce qu'ils proclame haut et fort (tout comme le maire Jean Tremblay) l’idée qu’on ne peut avoir de bonnes valeurs pour guider notre conduite que via la religion, et seulement via la religion chrétienne.

Comme si aucune autre religion n’avait aucune valeur intéressante. Comme si on ne pouvait pas discuter valeurs et bons comportements en dehors de la religion. Alors que depuis des siècles, depuis les Socrate, les Aristote, en passant par les Kant et les John Stuart Mill, on consacre des pans entiers de la philosophie à réfléchir sur la manière adéquate de vivre en société. Oui, l’un des buts des religions consistait à s’occuper des questions de morale, mais la philosophie — notamment l’éthique — a voulu servir de substitut à la religion en fondant la prescription des bons comportements sur la réflexion plutôt que la révélation divine. Une approche avantageuse, car les sociétés évoluent (surtout en ces époques d’intenses développements technoscientifiques), de nouveaux problèmes moraux surviennent, des problèmes face auxquelles les religions sont souvent dépourvues mais face auxquelles la réflexion et l’éthique constitue une bonne solution. Avec cette conséquence : on peut parler morale et éthique sans revenir à nos anciens systèmes religieux, comme le souhaiterait le cardinal. Oui, je reconnais que l’Église a eu ses bons côtés dans le passé, mais ce n’est pas, à mes yeux, un prétexte pour y revenir : en matière de réflexion morale, on dispose de beaucoup mieux.

Dans ma jeunesse on m’a transmis des valeurs en dehors de la religion, on m’a montré surtout à réfléchir sur le sens de mes actions. Je ne me sens pas concerné par la religion catholique, je ne la considère pas comme faisant partie de mes racines. Suis-je pour autant une personne? Suis-je incapable d’envisager mes actes sous la lumière de l’éthique et des valeurs morales? Suis-je incapable de me poser des questions sur le sens de la vie? Non. Mais plutôt que d’adopter les réponses préfabriquées d’une religion, j’essaie au moins de réfléchir pour trouver mes propres réponses. Et je ne tente pas d’imposer mon point de vue aux autres, ce qui fait que j’ai de nombreux amis relevant d’une religion ou d’une autre avec qui je m’entends comme larrons en foire.

On comprendra que je suis pour l’idée de donner des cours d’éthique et d’initiation sur le phénomène religieux aux enfants, mais non de privilégier une seule religion, serait-elle celle qui a jadis pris beaucoup de place au Québec. Apprendre à nos jeunes à réfléchir sur le sens de leurs actions et à comparer les religions entre elles plutôt que de leur imposer un ensemble de valeurs préfabriquées. Les apprendre à entretenir eux-mêmes leur propre réflexion spirituelle plutôt que de leur imposer la réflexion spirituelle préfabriquée d’une seule religion. Ça, ça me semble beaucoup plus constructif.

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