lundi 24 décembre 2007

Une légende et un joyeux Noël


The omega man, basé sur le roman Je suis une légende de Richard Matheson, avait marqué mon enfance. Il faut dire que le Los Angeles post-apocalyptique, à la fois intact, désert et silencieux, dans lequel errait Robert Neville (Charlton Heston) avait de quoi susciter la frousse. Survivant d’une guerre bactériologique, Neville n’était pas tout à fait seul : la nuit, il devait se réfugier dans son appartement-forteresse pour repousser des hordes de survivants transformés en mutants albinos et cagoulés – ce qu’il faisait à la mitraillette (ah, déjà à l’époque Charlton Heston aimait les armes à feu…). Cette année on nous propose un nouvelle version de ce roman, la troisième dans le temps, l’adaptation avec Charlton Heston ayant été précédée d’une adaptation avec Vincent Price. Mettant en vedette Will Smith, le film reprend carrément le titre du roman de Matheson. Comme cette histoire m’avait bien marqué jeune, j’ai inauguré mes vacances de Noël avec une séance cinéma.

Dans l’ensemble, c’est plutôt bien fait, oui. Prenant, même stressant par moment, j’ai mieux aimé ce film que 28 jours plus tard – film pas mauvais en soi certes mais la critique l’avait tellement encensé (à cause que le réalisateur était Dany Boyle?) que quand je l’ai vu j’ai été beaucoup déçu et j’ai songé que la critique régulière ne connaissait rien en matière de SFF. Cette fois-ci, pas de guerre bactériologique qui a dévasté la planète (ni acte terroriste faisant intervenir de méchants intégristes, comme je le redoutais…) mais seulement un virus, modifié génétiquement pour combattre le cancer, qui s’échappe, tue beaucoup de gens et fait muter le reste en cannibales glabres. Will Smith m’a bien convaincu, je voyais le personnage de Robert Neville avant lui. La dégradation de la ville de New York est scientifiquement plausible (dans The omega man Los Angeles était un peu trop intact à mon goût…) et l’état de la ville, avec des immeubles enrubannés, nous laisse imaginer tous les détails de l’épidémie virale qui a dévasté la planète sans qu’on ait besoin de la montrer au moyen de longs flashbacks. Les mutants font peut-être un peu trop « image de synthèse » et la manière dont leur visage se déforme, lorsqu’ils hurlent, rappellent beaucoup la momie du film éponyme avec Brendan Fraser, mais ils sont épeurants, alors on peut leur pardonner.


Cette version, comme celle avec Charlton Heston, corrige certains trucs qui me chicotaient dans le roman. D’une part, l’origine du virus qui décime la planète est plus convaincante. D’autre part, dans le film, le personnage de Neville est un scientifique capable d’étudier le virus au moyen d’une technologie de pointe. Dans le roman, où le responsable de l’épidémie était une bactérie, Neville, qui n’était pas scientifique, et étudiait le microorganisme fautif avec de l’équipement dérobé dans une école voisine, réalisant des examens tout simplement trop poussés compte tenu de l’équipement dont il disposait. Toutefois, si la dernière adaptation cinématographique corrige ces petits défauts, à l’instar de son prédécesseur, il laisse encore de côté la finale du roman, très efficace. Dans le livre en effet, les vampires qui résultaient de l’épidémie formaient une nouvelle société bien organisée qui devaient éliminer Neville, devenu une menace pour eux. Ce qui posait la question de la normalité : dans un monde rempli de vampires, c’est l’humain normal qui est le monstre. Dans ce nouveau monde où il n’a plus de place, Neville n’est plus qu’une légende, un artefact du passé, d’où l’origine du titre. Cette finale, à mon avis, était beaucoup mieux que le délire messianique dont Will Smith est victime dans les dernières minutes du film. L’idée d’un délire messianique n’était pas mauvaise, mais avait-on besoin de ramener autant de symbolisme religieux à la fin du film?


Quoiqu'il en soit, joyeux Noël et bonne année aux lecteurs de ce blogue (avec la santé et tout le tralala, je ne vous recommenderai pas de tenir vos résolutions, n'étant pas un exemple en la matière...:-) ) De retour après les vacances, en 2008 (sauf si un événement majeur me fait sortir de mon mutisme d'ici là).