samedi 19 janvier 2008

Après le malade imaginaire, le malade en puissance




Le forum du GREB de cette semaine (17 janvier 2008) nous offrait une conférence du Dr Vural Ozdemir, (http://www.genethics.ca/bios/ozdemir/) l’un de nos chercheurs, sur la pharmacogénomique. Le sujet est vaste et le Dr Ozdemir s’intéressait à des aspects pointus, notamment les biais de publications dans les recherches concernant ce domaine. Mais surtout, nous avons pu avoir un excellent panorama de ce qu’est la pharmacogénique, ainsi que de différents avantages et inconvénients soulevés par celle-ci.

À l’instar des précogs de Rapport Minoritaire, ces mutants capables d’anticiper un crime avant qu’il ne se commette et ainsi faciliter l’arrestation du « coupable » — c’est la métaphore employée par le Dr Ozdemir — la pharmacogénomique permettrait, à partir de nos caractéristiques génétiques, d’anticiper nos réactions à des médicaments avant de prendre ceux-ci. Le fait est que, pour une population atteinte d’une maladie donnée, la médecine va prescrire un médicament précis à une dose précise. Or, il y a toujours une partie de la population qui, pour bénéficier d’un effet thérapeutique, aura soit besoin d’une dose différente de médicament, soit aura carrément besoin d’une autre drogue. Cette variation dans la réponse à un médicament est grandement influencée par nos gènes. Par conséquent, notre profil génétique pourrait nous aider à anticiper notre réponse à un médicament donné. La médecine serait ainsi personnalisée, les mauvaises réactions aux médicaments seraient évitées.

Toutefois, une médecine personnalisée et plus efficace peut entraîner certains problèmes. On peut citer, entre autres, que constituer notre profil génétique mettra en évidence pour chacun de nous un tas d’anomalies bénignes, effaçant la frontière entre sujet sain et patients pour faire de nous tous des malades. De plus, si on apprend qu’on a, par exemple, une susceptibilité à la maladie d’Alzheimer et que dans dix ans on risque de la développer, cela pourrait-il inciter un employeur à ne pas nous engager? Faisant ainsi en sorte que notre présent, pourtant sain, serait perturbé par un futur hypothétique où nous sommes malades? Quand on pense que des gens réellement malades, comme Stephen Jay Gould, atteint du cancer, ont pu travailler des années comme si de rien n’était…

Pour en apprendre plus sur le sujet, on pourra lire avec grand intérêt cet article sur le site de l’Observatoire de la génétique :
http://www.ircm.qc.ca/bioethique/obsgenetique/cadrages/cadr2007/c_no34_07/c_no34_07_02.html

Aucun commentaire: