lundi 18 février 2008

Un son qui fait peur au lieu d'un son qui tue...

En laboratoire, j'ai déjà employé un appareil à ultrasson lors de la préparation de certaines solutions chimiques. Certaines poudres sont parfois difficiles à dissoudre dans l'eau ou d'autres solvants, et les ultrassons avaient la propriété de désintégrer les cristaux en particules plus petites, facilitant leur dissolution. Chaque manipulation de cet appareil, qui nécessitait de se protéger les oreilles (le bruit, pas fort mais perçant était une vraie torture...), me faisait songer chaque fois au professeur Tournesol.

On se souviendra en effet que, dans L'affaire Tournesol, le célèbre savant invente une machine à ultrasson capable de réduire en miettes le verre et la porcelaine. Hergé n'avait rien inventé: l'idée lui était venue, entre autres, des recherches effectuées par les Allemands au cours de la seconde guerre mondiale sur l'emploi du son comme arme. Le bédéiste était d'ailleurs allé jusqu'à recopier les photographies authentiques qui l'avaient inspiré.

(Case, tirée de l'Affaire Tournesol, où Tintin découvre les recherches allemandes sur le son...)
(...et les images scannées dans le livre qui a inspiré Hergé, German research in World War II, par Leslie E. Simon.)
L'arme en question, inventée par le Dr Richard Wallauscheck, était capable de projeter une onde de choc assez puissante pour assommer un homme à 300 mètres. La pression des ondes à 60 mètres aurait été assez forte, selon les estimations de l'époque, pour tuer un soldat en 40 secondes. Mais l'appareil, trop encombrant et, ne pouvant émettre qu'un onde de choc à la fois, n'a jamais été employé sur un champ de bataille.

Fait intéressant, un article dans le Cerveau et Psycho no. 22 (je suis un peu en retard dans mes dissections de revues mais je me rattrape) rapporte que, dans le domaine de la guerre dite "psychologique", beaucoup d'agences de recherche militaire s'intéressent à l'emploi du son comme arme. La revue rapporte qu'on étudie en effet l'emploi d'infrasons de fréquences inférieures à 20 Hz qui, bien qu'inaudibles, peuvent perturber le psychisme d'un humain et provoquer chez ce dernier de l'angoisse, voire de la peur. Pas question, semblerait-il, de tuer ou de tout démolir, comme le préconisaient Wallauscheck et Tournesol, d'instiller la peur dans son ennemi.
Bref, une manière scientifique de respecter les recommandations de Sun Tzu, lequel préconisait de pousser ses ennemis à la défaite sans combattre, seulement en minant leur moral...

Et si nous trouvions un contre-son qui provoque le bonheur? :-)
Références : Barriot, P., 2007, La guerre psychologique, Cerveau et Psycho 22: 22-27; Ortoli, S. et al., 2003, Tintin au pays des savants, Excelsior, Paris, 157 p.

4 commentaires:

S@hée a dit…

Un contre-son?

Qu'est-ce que ce serait exactement?

J'imagine que les ultra-sons, en raison de leurs fréquences aigues, ne pourraient que miner.

Pourtant, les baleines et les dauphins ne communiquent-ils pas par ultra-sons eux aussi?

(je suis peut-être en train de dire un paquet de bêtises, mais j'essaie de comprendre).

Philippe-Aubert Côté a dit…

^!^ "contre-son" (l'emploi de ce terme improvisé est peut-être trompeur, certes) ne fait pas référence à la nature physique des ondes (un son qui en annule un autre) mais à l'effet sur l'humain. Si un son provoque l'angoisse, existe-t-il un son qui produise l'inverse de l'angoisse, soit la joie ou sentiment semblable chez le sujet. Un son "antidote" en quelques sortes.

S@hée a dit…

Jolie émoticonne :)

Merci de la précision.

Anonyme a dit…

Les ultra sons sont par ailleurs nocifs pour le cerveau et l'organisme humain, l'ordre des médecins et à plus juste titre des dentistes qui l'utilisent lors de la pratique de leur exercice effectuent des recherches sur son degrés de nocivité sur le corps humain et par voie logique particulièrement sur le cerveau (proche de la machoire). Aujourd'hui on a tendance à utiliser cette fréquence d'onde un peu à la légère. On en mets dans les lieux publics en Angleterre pour éviter les "rassemblements suspects de jeunes" et plusieurs entreprises commercialisent ce genre de dispositif en france (applicable aussi aux animaux pour les zones proches des forêts pour les périphéries urbaines). cependant l'impact réel de cette technologie sur la santé est mal connue par la société civile et peu encadré. C'est surement une aubaine pour les vendeurs d'équipement de défense personnel civil mais à adapter une technologie militaire ça va sentir le scandale à plein nez d'ici peu