mardi 1 avril 2008

Coup de coeur pour Salinger


Personnage mystérieux que ce Jérôme D. Salinger. Écrivain américain né en 1919, il se fait connaître dès 1948 par des nouvelles publiées dans le New Yorker, il publie ensuite quelques romans et, après 1953, commence à mener une vie de reclus. Après 1964, aucune publication. Depuis plus de quarante ans, il n'a rien publié d'autre, ni accordé d'entrevues, mais beaucoup d'indices laissent croire qu'il a écrit tout ce temps — la photo ci-contre est ancienne mais on en trouve une sur le web qui prétend être une image récente. On fera évidemment un parallèle entre Salinger et le personnage de l'écrivain William Forrester, interprété par Sean Connery dans Finding Forrester.

Parmi les nouvelles de Salinger, j'avais déjà lu « Un jour rêvé pour le poisson-banane » — dont je m'étais entretenu longuement avec le pédopsychiatre Marcel Ruffo. L'autre jour, sous l’impulsion d’une curiosité subite, je me suis procuré le principal recueil de nouvelles de Salinger. Aujourd'hui, je me suis procuré son roman le plus célèbre, « L'attrape-coeur » — dont j'ai déjà lu la moitié. Ça se lit bien, c'est léger entre deux romans de « Hard SF ». Mais si la prose de Salinger semble simple, le contenu de ses textes n’en est que plus lourd. La profondeur psychologique des personnages, souvent des adolescents (et de comprendre pourquoi Marcel Ruffo s’intéresse beaucoup à Salinger, lequel est un bon peintre des tourments de l'adolescence) est très approfondie. Surtout, Salinger fonctionne beaucoup par non-dit. Pas de narrateur omniscient qui fouille la tête des personnages et nous raconte leur biographie, mais une narration simple (ce qui ne veut pas dire facile à écrire) où, grâce à des dialogues réalistes, on reconstitue nous même le passé et la psychologie des personnages. Dans « Un jour rêvé pour le poisson-banane », mais aussi plusieurs autres textes, Salinger montre des rescapés de la Seconde Guerre Mondiale, tous en état de stress post-traumatique (comme Salinger le fut lui-même). Mais le narrateur n’a pas besoin de nous dire que ces gens sont fêlés : on le devine, on le sent juste en lisant leurs actes, en lisant (pour ne pas dire « en écoutant ») leurs paroles. Salinger ne nous dit pas la folie : il nous la montre et nous la fait vivre.

Et de me rappeler à ces lectures les entretiens que j’ai déjà eus avec des gens victimes du syndrome de stress post-traumatique. Certaines de ces discussions ressemblaient beaucoup à du Salinger…

Un auteur fort intéressant donc, que les gens en littérature connaissent déjà depuis longtemps, mais que j’ai le plaisir de vraiment découvrir pour la première fois :-)

3 commentaires:

S@hée a dit…

Merci PAC pour ce commentaire... il manquait à ma culture littéraire et j'avais besoin de quelque chose de bon à lire...

Philippe-Aubert Côté a dit…

Ça vaut la peine Émilie. J'ai terminé "l'attrape-coeur" tantôt et je ne regrette pas. Ça m'a fait penser à "La vie devant soi" de Romain Gary, qu'on nous faisait lire au secondaire, mais personnellement j'ai mieu aimé Salinger que Gary -- sans pour autant diminuer le talent de ce dernier. Je ne sais pas pourquoi, "L'attrape-coeur" m'a plus touché que "La vie devant soi". Et j'ai bien l'épaisseur psychologique des personnages, la description minutieuse des comportements propres à l'adolescence.

Bon, après Salinger, je crois que je vais me lancer dans certaines oeuvres de Truman Capote, pour mes lectures en littérature générale... Un autre auteur intéressant celui-là.

Emilie Ollivier a dit…

Fan de Salinger, de Gary et Capote et me prénommant Emilie j'ai été surprise de tomber sur ton post. Une bonne surprise.


http://emilieollivier.blogspot.com

Il est tout jeune, le mien, encore, de blog...