mercredi 30 avril 2008

La chute vers le néant…

Le dernier numéro de Cerveau & Psycho (no. 26 mars-avril 2008) nous offre un dossier intéressant sur la maladie d’Alzheimer, dont on souligne le centième anniversaire de son identification par Aloïs Alzheimer, en 1908. Parmi les articles consacrés à ce sujet, l’un d’eux est particulièrement troublant; je n’avais jamais entendu parler de cas bien qu’il semble assez connu dans le monde de l’art — et du milieu de la recherche concerné par cette maladie.

Cet article nous rapporte l’expérience à laquelle s’est livré le peintre américain William Utermohlen (1933-2007). Apprenant qu’il souffrait de la maladie d’Alzheimer, Utermohlen décida que chaque année (voire plusieurs fois par année) il réaliserait son autoportrait de mémoire — donc sans se regarder dans une glace, juste en essayant de coucher sur la toile ce qu’il avait dans sa tête. L’examen de ses autoportraits est extrêmement troublant : plus la maladie avance, plus le visage que peint ou dessine Utermohlen se déforme, se disloque. À la fin, tous les éléments du visage se superposent et fusionnent en quelque chose d’inhumain, comme on peut le voir sur la figure ci-dessous.



Extrêmement troublant. Cela rappelle ce que Luis Bunuel écrivait sur la mémoire : « Vous devez commencer par perdre votre mémoire, ne serait-ce que par petits bouts, pour comprendre qu’elle est ce qui constitue votre vie. La vie sans la mémoire, ce n’est plus la vie… Notre mémoire est notre cohérence, notre raison, nos sentiments, même nos actions. Sans elle nous ne sommes rien. »

L’expérience à laquelle s’est livrée Utermohlen reste le témoignage troublant d’une dissolution progressive de son identité, dissolution allant de pair avec l’altération mémorielle. Un témoignage qui montre bien comment cette maladie est horrible.

1 commentaire:

Guillaume Voisine a dit…

Super intéressant, j'ai acheté ce numéro. Bien hâte de le lire ! Merci pour le tuyeau :)