dimanche 25 mai 2008

Bye bye Indiana Jones! Et merci beaucoup!


Mise en garde : je suis un fan incurable d’Indiana Jones. Le genre de maboul qui possède depuis longtemps la trilogie en DVD (version panoramique), qui connaît les trois films sur le bout des doigts, qui vous souffle les répliques avant qu’on les entende, qui vous chante la trame sonore avant qu’elle ne joue et qui peut, quand le film passe à la télé, l’écouter le dos tourné tout en sachant ce qui s’y passe. Indiana Jones, c’est mon plus vieux souvenir de film, les plus vieilles images de télévision dont je me souvienne, et j’avoue m’être toujours senti plus proche de l’archéologue que des chevaliers Jedi. (Quoi me crie ma mère du fond de la salle? J’ai déjà voulu être archéologue, jeune? Nooon... )

Alors, qu’en est-il de ce quatrième opus qui s’ajoute à trois films déjà mythiques? La marche était très haute, le risque de se planter énorme — surtout quand on voit la manière dont le cinéma actuel néglige parfois l’intrigue au profit des effets spéciaux. Un péché que Georges Lucas a déjà commis...

Il y a deux manières je crois d’aborder ce quatrième opus.

La première : on pourrait vouloir un scénario en béton, exiger une vraisemblance à toute épreuve dans les scènes d'action et désirer des nouveautés qui éloigne ce quatrième opus de tous les films d’aventures déjà faits.

La seconde : on peut ne vouloir que retrouver une ultime fois Indiana Jones et savoir comment finissent les personnages entrevus dans les autres opus. Mettre l’accent sur les personnages eux-mêmes plutôt que sur l’intrigue. Je crois que c’est dans cette dernière optique que les auteurs du film ont travaillé et que c’est dans cet esprit qu’il faut aborder ce dernier opus. Les Indiana Jones ont malmené les clichés du film d’aventures des années 1930-1940 et ont inspiré eux-mêmes plusieurs longs-métrages plus ou moins copiés (qu’on pense à La Momie, avec Brendan Fraser). Plutôt que de vouloir créer une nouvelle génération de films, j’ai eu l’impression que ce quatrième opus cherchait plutôt à se rapprocher des films qu’il a inspirés — pour ce qui en est de la chasse au trésor qu’on nous montre, beaucoup plus conventionnelle que dans les Aventuriers de l’Arche perdue et la Dernière croisade. On se rapproche plus de La Momie qu'on s'en éloigne, et comme dans Les aventuriers de l'Arche perdue, la méchante (jouée par une Cate Blanchett qui, bien que sérieuse, s'amuse énormément et nous transmet son amusement) est désintégrée pour avoir vu ce qu'elle ne devait pas voir (un trop-plein de connaissances E.T. alors que dans Les aventuriers de l'Arche perdue c'est la contemplation de Dieu lui-même qui était un tantinet liquéfiante). Toutefois, je ne crois pas que la nouveauté est à chercher de ce côté. À l’évidence, Spielberg et compagnie ne voulaient pas injecter la nouveauté à cet endroit mais dans les relations entre les personnages. Ce que j’ai le plus apprécié dans le quatrième volet d’Indiana Jones, c’est de retrouver une autre fois ces personnages qu’on connaît si bien (Indiana Jones), de savoir ce que certains sont devenus (Marcus Brody, le père d’Indy — curieusement, aucune info sur Salah) et de voir rebondir des personnages oubliés (Marion) ou nouveaux (le fils d’Indy). La présence de ce fils pimente les relations entre les protagonistes et donne des moments aussi savoureux que les mésententes entre Indy et son père dans La dernière croisade. Les scènes d’action sont encore plus extravagantes que dans les trois autres films, mais il faut être lunatique pour ne pas voir que c’est fait TRÈS exprès : les auteurs nous disent vraiment : « Vous croyez qu’on ne peut pas être plus extravagant que dans cette dernière scène? Attendez la suivante! ». Et ils trouvent le moyen de faire pire — pour notre plus grand plaisir.

Sur un autre plan, le film est je crois savoureux pour ceux qui 1) connaissent bien Les aventuriers de l’Arche perdue et La dernière croisade sur le bout des doigts; 2) qui connaissent bien le cinéma SF des années 1950 et le cinéma tout court de cette époque — la première apparition du fils d’Indy est carrément un clin d’œil aux premiers films de Marlon Brando et 3) qui connaissent bien le contexte historico-politique de cette époque; ceux qui ignorent tout de la chasse aux communistes sous le règne de McCarthy, ou des essais nucléaires américains sur de fausses villes vont se poser beaucoup de questions. Parce que le film fourmille de clins d’œil et d’autoréférences agréables à traquer et à saisir au bond et cela constitue une partie du plaisir à le regarder. Clins d’œil visuels (comme le bout de l’Arche d’alliance qu’on aperçoit à travers une caisse fracassée) ou sonores (par exemple, mais c’est loin d’être le seul, lorsque les Russes entrent dans le hangar au début, c’est la musique thème des Aventuriers de l’Arche perdue qu’on entend, petit rappel auditif qui nous indique bien qu’on est dans le hangar qui concluait le premier film). Ce qui me fait dire que ce quatrième opus est un divertissement pour la majorité, mais un gros bonbon pour ceux qui ont bonne culture et qui veulent s’amuser à trouver les références et à profiter des interactions mouvementées entre les personnages. Parce que pour s’amuser on s’amuse!

Pas besoin de se livrer à de profondes analyses pour voir comment ce quatrième opus aurait pu renouveler le genre ou ce qu’il aurait dû être : comme l’a dit Claude Lelouch après l’avoir vu — avec un air ravi — « C’est la récréation ». Point à la ligne. Il n’y a rien d’autre à chercher là-dedans qu’une dernière récréation avec ce personnage mythique, une récréation conçue pour des fans qui veulent voir une dernière fois leur héros au grand écran.

Parce que tout dans ce film sent l’adieu à ce qui, pour plusieurs, est une partie de leur enfance. C’est un dernier tour de piste qu’on nous offre là, et ce n'est pas sans l'impression de voir un vieil ami nous quitter qu'on le regarde.

Aucun commentaire: