lundi 16 juin 2008

Maintenant, au travail!

Certains l’ont déjà fait au cours des années passées, mais je tenais à pondre un billet sur l’atelier d’écriture Boréal, animé chaque année par Élisabeth Vonarburg. Je le fais autant à des fins de réflexions que de promotion de ce genre d’activité — quand on croit que quelque chose est utile, on peut bien en faire un peu la promotion!

Cette année, l’atelier s’est tenu les 14 et 15 juin 2008 à l’Université Concordia et il a réuni (en ordre alphabétique) Francis Baechtold, Caroline Lacroix, Alexandre Lemieux, Josée Lepire, Isabelle Piette, Pascale Raud, Jonathan Reynolds, Vincent Saint-Aubin Émard, Carine Saint-Pierre et moi-même. (Retenez bien tous ces noms, on les trouvera encore gravés dans la pierre lorsque les humains auront disparu de cette planète! :-) ) Certains sont des vétérans, d’autres y participent depuis une époque plus récente (comme moi, rendu à ma seconde année) et quelques-uns en étaient à leur première expérience. Malgré ces écarts, il faut avouer que tous les textes produits étaient de qualité — surveillez bien, probablement aurez-vous le plaisir d’en lire les versions définitives publiées sur des supports crédibles.

Le principe de l’atelier est fort simple — ce qui n’implique pas que ce qu’on y fait est simple et tranquille. Chaque participant produit une nouvelle de 15 pages maximum. Deux semaines avant l’atelier (cette année, cela a été deux semaines, mais l’année dernière c’était un mois environ, si je ne m’abuse) nous nous envoyons mutuellement nos textes via le groupe de discussion créé spécialement pour l’activité. Chaque participant lit les textes de tout le monde et les commente (avec pour mot d’ordre de faire des commentaires constructifs et justifiés : ceci marche ou ceci ne marche pas parce que… et l’on donne une raison, ce qui permet de facto d’entrevoir une piste pour améliorer le tout).

Le premier jour de l’atelier proprement dit, chaque texte est commenté par tous les participants à tour de rôle, y compris l’animatrice, et à la fin l’auteur exprime son point de vue, discute des améliorations possibles, des difficultés rencontrées, de ce qu’il a voulu écrire, etc. L’exercice permet de prime abord de fournir aux auteurs des informations sur ce qui marche ou ne marche pas dans son texte. Plus encore, il permet aux gens qui commentent d’apprendre à commenter, à justifier nos critiques et à formuler celles-ci d’une manière constructive. Interdiction de dire qu’un texte est nul : il faut dire ce qui ne marche pas dans le texte, expliquer pourquoi ça ne marche pas et, ce faisant, suggérer comment on peut s’arranger pour que ça marche. Commenter le travail de l’autre — peu importe que cela soit une œuvre littéraire, cinématographique, et je dirais même scientifique — est un art qui s’apprend. Il n’y en a effet rien de plus choquant et inutile que de recevoir des critiques non justifiées, qui ne permettent aucun apprentissage, aucune possibilité d’amélioration et qui relèvent parfois du mauvais caractère de celui qui commente (beaucoup de gens rencontrés dans tout mon parcours universitaire gagneraient à retenir cette leçon, hé hé :-) ).

Le deuxième jour de l’atelier en est un d’exercices : l’animatrice nous fait réécrire une partie de notre texte en suivant une consigne particulière. Par exemple, lors de ma première participation, on m’a demandé de réécrire la scène finale de ma nouvelle, alors vue par les yeux d’un protagoniste masculin, en adoptant le point de vue de son adversaire féminin. À la fin de cette réécriture (on a environ deux heures pour le faire), on lit à tour de rôle ce qu’on a écrit et à chaque fois on procède à un tour de table où tout le monde est invité à commenter ce qui vient d’être lu. Cet exercice peut paraître nébuleux de l’extérieur, mais quand on le fait, on réalise qu’il permet d’entrevoir les pistes à suivre pour améliorer nos textes. Pour en revenir à mon exemple, cela m’avait permis de voir qu’inclure le point de vue de l’adversaire rendait ma nouvelle plus solide — et accessoirement en améliorait le suspense. Cette année, l’histoire racontée se passait sur un vaisseau plein de posthumains — deux sortes principales de posthumains, en fait. Mon exercice a consisté à augmenter la diversité des posthumains présents à bord, ce qui rendrait le texte plus plausible et, ma foi, plus intéressant.

C’est ce qu’on parvient à faire en deux jours, non sans une bonne dose d’humour, de rigolade, mais aussi de rigueur et énergie. Les exercices décrits ici sont simples dans leurs principes, mais leur exécution demande beaucoup d’effort lorsqu’on veut les réaliser avec sérieux — et bon, si l’on se donne la peine de participer à un atelier d’écriture, c’est bien parce qu’on est motivé qu’on est soucieux d’en apprendre, d’en retirer quelque chose, et cela, ça demande du travail.

Du travail sur place, mais aussi du travail après. Le « vrai » travail, d’une certaine manière, commence après l’atelier. Lorsqu’on se quitte, chacun repart avec les copies commentées de son texte, son exercice d’écriture, des pages de notes sur les commentaires émis et de nombreuses pistes de réflexion. On a en effet, pour la plupart, entrevu au cours de ces deux jours quel texte meilleur pouvait naître de l’histoire de 15 pages soumise quelques semaines auparavant. Et faire naître ce nouveau texte, le rendre publiable et le publier, cela demande un travail que seul l’auteur peut faire. Certes, il dispose du groupe de discussion pour obtenir des commentaires, échanger des idées, discuter. Mais lui seul peut déconstruire son texte et en faire quelque chose de mieux. J’en arrive à cette conclusion que pour être constructif, l’atelier d’écriture exige qu’on y mette beaucoup de transpiration pendant et après. Avoir de bonnes idées d’histoires, c’est une chose, mais les agencer de la meilleure manière qui soit pour obtenir un excellent récit, c’est du travail, de la technique et de la transpiration. Rien ne tombe tout cuit dans le bec, il faut ramer pour atteindre son but. Et seule la motivation, la passion d’écrire, fournit l’énergie nécessaire…

On peut se demander quelle est l'utilité d'un atelier d'écriture lorsqu'on souhaite entreprendre un cheminement littéraire en "sideline". D'une part, avoir les idées les plus originales est une chose. Mais d'autre part, construire une histoire solide exige de la technique. Et la technique, on ne l'apprend pas tout seul dans son coin. Personnellement, il me semble avoir parcouru plus de chemin en un an qui si j'étais resté dix ans dans mon coin : il y a un tas de trucs que je n'aurais jamais pu découvrir tout seul et cela montre l'importance de socialiser un peu avec les gens qui sont dans le milieu de la SFF. On peut apprendre énormément de ces gens, lors des ateliers par exemple, et rester dans son coin ne favorise guère cet apprentissage.

Pour le moment je laisse reposer ce texte (bah, disons sûrement un petit trois semaines) afin de me consacrer pleinement à mes travaux scolaires et mon examen synthèse (diantre, c’est au mois d’août et ça approche!). Mais curieusement, passer deux jours avec les copains de l’atelier, même si l’on travaille fort et qu’on en revient fatigué, a quelque chose de ressourçant. On revient dans son quotidien avec une énergie nouvelle. Décrocher aide à se raccrocher avec plus de force…

Avec toute la force nécessaire pour terminer dix travaux de neuroéthique, tiens… Mais je vais me contenter d'en faire un seul, comme demandé par le professeur.

Au travail!

Photo des participants de l'atelier 2008. Toujours de gauche à droite; premier rang: Josée Lepire, Élisabeth Vonarburg, Pascale Raud; deuxième rang: Jonathan Reynolds, Philippe-Aubert Côté, Isabelle Piette, Caroline Lacroix, Carine Saint-Pierre, Alexandre Lemieux; troisième rang: Vincent Saint-Aubin Émard, Francis Baechtold. La photo est reproduite ici avec l'aimable autorisation d'Alexandre Lemieux, dont vous trouverez l'album photo ici et le blog avec une petite boutique en ligne (cherchez dans son moteur de recherche si vous ne trouvez pas). Je tiendrais à préciser que Jonathan Reynolds et moi ne portions pas le même chandail et que nous n'avons aucun lien de parenté malgré les apparences... mais on a bien rit en "sacramment" :-)

6 commentaires:

Fortrel a dit…

Très bon compte-rendu. J'ai hâte de lire la prochaine version de ton texte.

pascale raud a dit…

Moi aussi, j'ai hâte de relire tout le monde !
Ton résumé rend fidèlement compte du déroulement (à part le sang sur les murs qu'on a nettoyé avant de partir).
Je ressors de cet atelier complètement reboostée. J'ai eu envie de commencer à retravailler le texte tout de suite en sortant de l'atelier, dans l'autobus pour Québec, mais mes neurones étaient grillés.
Je me laisse quelques jours de réflexion avant de m'y remettre (et donc relire les commentaires de autres, relire des passages de notre bible d'écriture sur le narrateur aligné, etc.).

La tête dans les étoiles... a dit…

Aaah, le narrateur aligné !! Lui et moi devront faire copain-copain. ha ! ha !

Excellent résumé Phil. Dommage que ce soit terminé ("snif !" disent mes neurones grillés), mais comme tu dis, le travail ne fait que commencer !

C'était trop cool de revoir tout le mohnde et de rencontrer les nouveaux !

Philippe-Aubert Côté a dit…

C'était vraiment sensationnel! Et à travers l'effort on s'est quand même bien amusé, c'était sympa de tous vous revoir. Faut qu'on fasse quelque chose avant la fin de l'été, c'est sûr!

Cela va faire du bien de laisser dormir tout cela mais j'avoue que de manière subtile mon cerveau pense de temps à autres à la manière de travailler ce texte... J'ai quand même hâte de pouvoir le travailler -- surtout qu'on sera pas limité par les 15 pages obligatoires...

Hâte de vous relire!

Josée a dit…

oui, les neuronnes sont grillées et tout bouille!!!
Je ne fais qu'écrire des paginettes indépendantes depuis mon retour d'atelier, mais je remue-méninge beaucoup la construction de mon monde... je gribouille dans mon calepin, c'est fou! Je crois qu'il va me falloir mettre de l'ordre dans tout ça, peut-être me tourner vers mon ordinateur pour un peu d'aide là-dedans.

M a dit…

Ah, maudine, j'aurais aimé avoir le temps d'y aller...!

Pas grave, je me reprendrai l'an prochain!


Ceci dit, je vais lire vos textes cet été, question de pouvoir lire les réécritures avec une meilleure perspective!