vendredi 19 septembre 2008

Le premier de sa lignée (Teaser)

Avec l'autorisation des éditeurs, voici le début de la nouvelle Le premier de sa lignée, (genre: science-fiction) publiée dans le numéro 168 de la revue Solaris (automne 2008). Cette nouvelle est la première d'un cycle relatant une histoire du futur (qui sera écrit dans le désordre, un peu comme l'ont fait Cordwainer Smith ou Robert Heinlein). Un cycle du futur relatant la grande histoire des néomorphes, nouvelle étape dans l'évolution bio-technologique de l'être humain...
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Le premier de sa lignée
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par Philippe-Aubert Côté
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Montréal, vendredi 9 juin – 21 h
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Aux sans-gêne qui lui demandent s’il monte sur les toits pour hurler à la Lune, Ugo ne répond que par un sourire canin : inutile d’expliquer à ces idiots que ressembler à un loup n’implique pas d’en adopter la conduite. Ironie du sort, quand le Synercom signale par une tonalité insistante l’arrivée d’un appel urgent, il est train de paresser sous l’astre de la nuit, apaisé par cette clarté qui dessine au crayon argenté son corps lupin.

Pourquoi n’a-t-il pas coupé le signal ? Avec un grognement ennuyé, il quitte le balcon pour l’air conditionné de sa garçonnière. Sur l’écran du Synercom, l’icône de l’interlocuteur clignote en rouge : la police, sur un canal crypté. Ugo sélectionne la communication inopportune et tape son code d’accès. Le visage reptilien du lieutenant Bénès apparaît aussitôt, ses sourcils d’écailles plus froncés qu’à l’habitude : « Fiston, faut que tu ramènes ton museau… »

Adieu la soirée tranquille. Avec un espoir de fuite, Ugo objecte : « Mainville et Phyllis sont de faction cette semaine…

— Renversé par un camion, Mainville. Phyllis est victime d’un empoisonnement alimentaire et les deux autres sont en vacances. Des cinq pisteurs, t’es le seul disponible…

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Des essentialistes. Trois meurtres à la clinique Masson-Laurier. Si on ne réagit pas vite, ça sera catastrophique…

— Pourquoi ?

— Ne pose pas de questions et rapplique. Tu sais comment te rendre ?

— Bien sûr. »

Ugo coupe la communication avec un gémissement canin.

Trois meurtres. Trois êtres disparus à jamais.

Mieux vaut ne pas y songer. Ugo enfile sa veste bleue, la laissant entrouverte sur le cuir robuste de sa poitrine, et prend un casque de motocycliste conçu pour son museau. Au creux de sa poche, il glisse son taser. Pas question de se laisser surprendre par un suspect agressif, comme l’autre fois.

Dans la cour, des dizaines d’odeurs se mélangent autour de lui, comme des filets de colorant dans un verre d’eau. Chacune d’elles raconte une histoire : un couple s’ébat à côté, un chien cancéreux a uriné sur la borne où l’on verrouille les motocyclettes et Didier, le petit voisin de huit ans, se cache tout près. Alors qu’il détache son véhicule, Ugo repère le garçonnet penché par-dessus la balustrade d’un balcon.

« Hé, Ugo, tu vas arrêter des méchants ?

— Tout juste.

— Je peux venir ? »

Ugo sourit en allumant le moteur. « Qui va veiller sur ta sœur ? »

L’odeur de Didier trahit la déception. Le garçonnet réplique, boudeur : « Ça m’ennuie ! J’aimerais mieux être un nomorphe qui capture les méchants, comme toi, avec un museau qui sait tout. Mais moi, j’aurais des griffes. Et des poils partout, pas juste sur la tête.

— Néomorphe, Didier. Néo-morphe. Quand tu seras adulte, tu pourras avoir le corps que tu veux.

— Pourquoi j’ai pas le droit de changer maintenant ?

— La loi l’interdit aux enfants. Si tu veux capturer les méchants un jour, il faut que tu la respectes. »

Ugo sourit. Pauvre Didier. Devenir néomorphe le fascine tant. Non, ça fascine tous les enfants, nourris de contes aux monstres anthropomorphes. Ugo lance :

« Si tu es sage et que ta mère le permet, je t’emmènerai visiter la clinique où on transforme les gens. Ça te dirait ?

— Oui ! Ça serait génial ! »

En souriant au garçon, Ugo démarre en direction du mont Royal.
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Vendredi 9 juin – 21 h 10
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Sur l’écran, Ugo disparaît au bout de sa rue.

Sarah éteint l’image. Avec son Synercom connecté illégalement au réseau de la police, elle pourrait traquer Ugo à l’aide des caméras de la métropole. Mais elle connaît déjà sa destination, elle a décrypté son échange avec la police.
© 2008 Philippe-Aubert Côté et Revue Solaris. Ce texte a été travaillé dans le cadre de l'atelier d'écriture Boréal 2007.



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12 commentaires:

La tête dans les étoiles... a dit…

Prommetteur ce nouveau début ! Bien hâte de lire la suite. :-)

S@hée a dit…

très prometteur!

J'ai vraiment hâte de lire ça!!

M a dit…

J'ai presque terminé la lecture, et c'est vraiment très bien! J'aimais la version de l'atelier et ce que j'avais lu ensuite, mais je n'avais jamais lu cette version, que j'apprécie vraiment! Bravo!

Philippe-Aubert Côté a dit…

Merci Mathieu! Content de voir que c'est au moins apprécié par quelques uns... ;-)

charles-étienne-mayer a dit…

à l'école, nous devons faire une fiche de lecture par mois. j'ai choisis de faire la critique du numéro 176 de solaris. mon prof de français, une femme dans la cinquantaine, fut tellement intérreser qu'elle me la demander pour le lire. elle ma dit qu'elle avait addorer. j'ai entendus dire aux salon du livre que toi et les édition alire parlier pour éditer un livre dans le style des post-humain. tu devrais en parler dans ton prochain billet

Philippe-Aubert Côté a dit…

À Charles Étienne: Merci beaucoup, c'est plaisant de savoir qu'un texte qu'on a écrit s'est mérité l'honneur d'un rapport de lecture -- j'adorais faire des rapports de lecture autrefois :-) Et ravi que le numéro 176 ait plu à ta prof de Français :-)

charles-étienne-mayer a dit…

Ce qui est chiant, c'est que j'ai perdu ma pille de magazine. Pourquoi! ton texte est bon parcequ'ont devient amoureux de ton univers, de tes personnages. je crois voir une grande influence de clark dans tes récit où tu détailes l'univers et les personnages tout aux long de l'histoire plutôt que de faire un long prologue et deux trois back-flash.

Philippe-Aubert Côté a dit…

À Charles-Étienne : Merci pour les beaux mots :-)

charles-étienne-mayer a dit…

question comme ça, comment l'idée tes venus.

Philippe-Aubert Côté a dit…

Bonne question! J'avoue que je ne sais pas trop quoi répondre dans le sens où toute histoire est un long processus de maturation dans ma tête... Plusieurs idées se greffent de-ci de-là et à la longue, tiens, on a une histoire...

charles-étienne-mayer a dit…

je sais que s'est une demande illogique quand on y pense mais bon.
(regard du chat botté)
Si vous plais, met-il des hommes lézards. et bravo pout ta thèse.Imagine qu'ils l'égard et que tu dois tout recommencer.

Philippe-Aubert Côté a dit…

Merci! :-)