mercredi 3 septembre 2008

Très audacieux...


C’est sa couverture qui a attiré mon attention sur Wanted l’autre jour, alors que je suis entré chez Indigo en me disant « Bah, juste un petit tour sans ouvrir le portefeuille… » Damn! Je croyais pourtant que je me connaissais bien après toutes ces années! Ce personnage masqué m’interpelle, je lis le synopsis. Je réalise que cette BD a été adapté au cinéma durant l’été — Recherché, avec Angelina Jolie et Morgan Freeman. Comme le film me n’a pas accroché du tout dans sa bande-annonce — me faisant penser à Rapides et dangereux que je n’ai jamais écouté par manque total d’intérêt, je pars pour remettre la BD en place. Je l’ouvre quand même et voit, ô surprise, des monstres, des supervilains, de la SFF en masse… Rien à voir avec le film aux bandes-annonces assommantes. J’achète — au sens propre. Et j’adore.

Wesley Gibson, aussi minable que son existence ratée, découvre un jour que son père — jamais connu — était un assassin, membre d’une fraternité de supervilains qui, en coulisse, tire les ficelles du monde. Gibson suit alors les traces de son père, devenant un criminel qui aura fort à faire pour sortir vivant du conflit qui, bientôt, oppose les gangs de supervilains à un de leurs chefs devenu renégat, le sinistre Mister Rictus. Las de diriger le monde en coulisse sans accéder à la postérité, Rictus est bien déterminé à faire régner la terreur sur la planète, quitte à éliminer ses collègues…

À première vue, la BD n’a rien à voir avec le film — si je m’en fie aux analystes. Mais surtout, Wanted représente un pari audacieux : ne vous attendez pas à une histoire où le bien triomphe. Pas de rédemption pour l’assassin que devient Gibson, son rôle de tueur lui plaît et au cours d’une finale mémorable, très audacieuse, il bascule complètement du côté obscur et envoie carrément le lecteur se faire voir (pour ne pas employer le vrai terme ici...). Tous les protagonistes sont des psychopathes qui n’hésitent pas à flinguer la veuve et l’orphelin, aucun n’aurait de quoi pour soulever notre sympathie — même pas la sympathie envers des méchants comme Gargamel. Et pourtant… On s’intéresse à ce qui leur arrive et l’on veut voir certains d’entre eux triompher des autres.

Mais l’originalité du récit tient dans une prémisse fort simple qui semble avoir été gommée dans le film et qui, à elle seule, mérite qu’on s’attarde sur Wanted. Son scénariste, l’Écossais Mark Millar, raconte que l’idée lui en est venue suite à une anecdote de jeunesse. Enfant, alors qu’il croyait en la réalité des aventures de Superman, il aurait demandé à son frère pourquoi, aux nouvelles, on ne voyait jamais de superhéros venir sauver les gens. Et le vilain frère de lui dire que c’est parce que les supervilains, autrefois, ont fait disparaître les super héros, n’en laissant qu’un vague souvenir via les comics. Et où sont maintenant les supervilains? Dans l’ombre, à tirer les ficelles du monde pour s’enrichir aux dépens d’une population ignorante…

Cette plaisanterie d’enfant constitue la prémisse de Wanted, prémisse très SFF (côté SFF qui semble complètement évacué de l'adaptation cinématographique). Dans l’univers de Weisley Gibson, les superhéros ont en effet été éliminés par les supervilains en 1986, suite à un combat titanesque. Mais grâce à une machine qui manipule la réalité, ils ont pu restructurer notre univers de manière telle que toute l’humanité a oublié que cet affrontement avait eu lieu. Seuls les supervilains connaissent la vérité, formant une fraternité qui pressure l’humanité dans l’ombre — vie cryptique obligée pour éviter que les superhéros présents dans d’autres univers parallèles viennent remettre de l’ordre. La progression de Wesley Gibson sur le chemin du crime est donc une remise en question totale de son univers. Remise en question qui le poussera à rejoindre les vrais maîtres du jeu, les méchants…

Un graphisme intéressant, des monstres, quelques idées volontairement assez irrévérencieuses (l’un des hommes de main de Rictus est un golem composé d’excréments humains, vous voyez le genre…) et un côté totalement subversif qui prend à contre-courant la moralité habituelle des histoires de superhéros… Wanted en choquera certains, d’autres trouveront ça cool, et les fans de BD apprécieront l’énorme boutade que ça représente.
Je vais peut-être me louer le film un jour mais je soupçonne d'avance qu'il n'y aura ni SFF, ni côté subversif... Attendons voir.

Pour public TRÈS averti.

Aucun commentaire: