jeudi 27 novembre 2008

Wariwulf t.1 -- Le premier des Râjâ


On s’en doutait, ce n’était qu’une question de temps avant que je me penche sur la nouvelle saga de Bryan Perro, Wariwulf, qui se fixe pour objectif de narrer l’histoire du peuple des loups-garous. Projet des plus intéressants étant donné que l’auteur est au courant de tout le folklore et des aspects anthropologiques-archéologiques-ethnologiques-etc. de ce mythe qui remonte à la nuit des temps — peut-être même à l’époque de l’homme des cavernes, si l’on se fie à certaines peintures rupestres. On pouvait s’attendre donc à ce que Perro combine de manière intelligente ces informations à des légendes connues et à une bonne intrigue. Mentionnons que je n’ai jamais lu la série Amos Daragon, mais que j’ai lu deux tomes de son adaptation en manga et que ma foi, je n’avais pas détesté cette lecture. Les intrigues étaient bien ficelées et la combinaison de contes anciens en une histoire inédite se révélait des plus intéressantes. Ça laissait donc présager du bon pour la nouvelle série Wariwulf, qui s’adresse à un public plus âgé et plus susceptible de me rejoindre. J’ai donc ouvert le portefeuille.

Soyons franc, après lecture je suis plutôt mitigé. Il y a du bon, du très bon dans ce roman, mais aussi des choix qui m’ont semblé peu judicieux et qui, selon moi, nuisent — et nuiront — à une saga qui aurait le potentiel pour constituer une œuvre importante. Certes, probablement que les jeunes lecteurs n’y verront rien, et même les lecteurs adultes, mais pour les lecteurs chevronnés je sais pas trop… Toutefois, tout dépend du public visé par ce roman : je sais qu’on pointait des défauts dans les Amos Daragon, mais les jeunes aimaient, ça les faisait lire, alors…

J’ai apprécié la manière dont l’intrigue mélange fiction et savoir historique-anthropologique. Il y a là un travail très intéressant où, en tant que personne qui avait lu beaucoup sur le mythe des loups-garous, j’ai retrouvé des notions lues des années auparavant et ai apprécié la manière dont on les avait insérés dans l’intrigue. L’intrigue elle-même, dans ses grandes lignes, a soulevé mon intérêt. « Oui, me disais-je, c’est une idée intéressante pour expliquer l’origine des loups-garous si l’on conserve tous les aspects magiques que contient le mythe originel ». Sur ce plan là, cela a marché. Plusieurs personnages sont sympathiques et la manière dont les intrigues séparées se rejoignent à la fin, oui, ça marche — on pourrait croire que c’est arrangé avec le gars des vues, mais comme on se retrouve dans une aventure aux ramifications cosmiques, les coïncidences troublantes sont tout à fait acceptables. La première scène, où une vieille louve se transforme périodiquement en vieille dame pour pouvoir nager sur le dos en regardant les étoiles est tout à fait charmante.

Ce qui ne fonctionne pas pour moi maintenant… Je crois, en gros, que l’intrigue n’est pas racontée avec le langage et le narrateur qui conviendraient le mieux. On a affaire ici à une intrigue manifestement adulte : sexualité, scènes gores, personnages aux propos méprisables, mais racontés comme s’il s’agissait d’un conte — avec un narrateur omniscient bavard par moment, qui s’interpose dans l’action et, selon moi, nuit beaucoup à la progression de celle-ci. Un narrateur qui vient souvent nous dire les choses plutôt que les montrer ou nous laisser les comprendre. Comme s’il s’adressait à des enfants. D’ailleurs, mon impression, c’est qu’on ne sait trop dans quel registre classer cette histoire et qu'on hésite à en faire un texte franchement adulte, réservé aux gens à partir de 13 ans ou franchement jeunesse. On met des scènes hard avec des personnages jeunes au comportement enfantin — certains jeunes sont sympathiques, je pense à l’Égyptien Sémosiris, mais la princesse Électra, dépeinte comme une sorte d’ado rebelle qui exprime ses désaccords à voix haute, a constitué une présence désagréable et surtout peu plausible avec ce qu’on sait de cette époque. Les dialogues sont très théâtraux, faits pour être déclamés, mais non lus et ils m’ont agacé, me semblant incompatibles avec la teneur de certaines scènes, peu naturels et emplis d’informations inutiles (inutiles pour un lecteur, mais qui seraient utiles si l’on était sur scène). Or, l’histoire de Wariwulf me semble trop sérieuse pour des dialogues qui manquent de rigueur. Un manque de rigueur qui concerne aussi les expressions fort modernes qui abondent dans le texte et qui me semblent incompatibles avec les mœurs de l’Antiquité.
Je sais, on me dira que la rigueur historique n'est pas cruciale parce qu'on veut parler ici de mythes et de légendes, mais comme ce qui m'a poussé à acheter ce livre c'est justement pour voir comment les informations anthropologiques-historiques rigoureuses allaient être incorporés à une fiction, je m'attendais à ce qu'il y ait plus de rigueur sur ces aspects. On peut vouloir ajouter des personnages et des événements fictifs à l'Antiquité, mais pour qu'on croit que ça se passe dans l'Antiquité il y a, je crois, un minimum de faits historiques à respecter, incluant la manière dont les gens de cette époque parlait.

Bref, une bonne histoire à la base qui, pour ce lecteur-ci, gagnerait énormément en profondeur, en atmosphère et en efficacité avec des choix narratifs différents. Cependant, nombre de lecteurs peu préoccupés par ces aspects y trouveront sûrement leur compte et s’amuseront, ce qui est très important, et je ne suis pas réticent à parcourir les autres tomes de la série — pour voir où cette histoire nous conduira.

3 commentaires:

Debby a dit…

Je suis très d'accord avec vous. Moi qui a 40 ans et qui dévore des livres a profusions, je n'ai pas trop aimé ce livre. Je ne sais pas encore si je dépenserai de l'argent pour la suite de cette saga.

Philippe-Aubert Côté a dit…

Merci de votre commentaire, Debby :-)

Romulus a dit…

Cher Crâne à Casquette,
un petit mot pour mentionner que
je suis d'accord avec vous. J'attendais ce livre avec impatience et je suis déçue... Je croyais le dévorer en une soirée mais je l'ai vite délaissé... Il y a de bons passages, mais je n'ai vraiment pas embarqué.
Je n'ai pas vraiment aimé les personnages (notamment la princesse qui était effectivement agaçante).
Je ne vais certainement pas débourser pour cette série.
Et je me permet un petit commentaire de plus : Je trouve que la couverture est affreuse. Il ne manque pas, il me semble, d'illustrateurs de talent.