jeudi 15 janvier 2009

Soir de concert


J’étais allé assisté l’hiver dernier à la prestation par l’OSM de Tannhäuser de Wagner en version concert, le tout dirigé par Kent Nagano. Une expérience enlevante qui m’a valu une offre d’abonnement à prix réduit pour quatre concerts cette année. Si un jour je quitte Montréal, je regretterais sûrement de ne pas être allé écouter l’OSM quelques fois, alors je me suis permis la dépense — et bon, au fond, c’est moins pire que d’acheter des billets pour une partie de hockey, voir des joueurs surpayés qui risquent, en plus, de faire un mauvais show… ;-)

Le premier concert de la série à laquelle je suis abonné se tenait donc hier soir, sous la direction de Kent Nagano. Au programme « Le sacre du printemps » d’Igor Stranvinsky, « Le chant de la Terre » de Gustav Mahler, le tout précédé de « Orchestral Theatre I, Xun, du compositeur d’origine chinoise Tan Dun. De l’inconnu (Tan Dun) mêlé à du connu pour moi (Stravinsky) à du moitié-connu (je connais Mahler, mais pas son « Chant de la Terre »). C’est que j’aime bien au concert : on y va pour des œuvres qui nous attirent, mais on nous fait toujours expérimenter autre chose.

La première œuvre, celle de Tan Dun, a été créée en 1990 pour la BBC. C’est une œuvre étrange, contemporaine, où les musiciens doivent eux-mêmes créer des effets sonores avec leurs voix ou, à certains moments, donner une autre fonction à leurs instruments de musique — ainsi, les violons étaient littéralement employés pas moment comme instrument à percussion. Ces changements de fonctions musicien-instruments étaient intéressants, mais l’œuvre elle-même, avec ses alternances de moments plus « symphoniques », de voix humaines et d’instruments détournés de leur fonction première vous surprenait, vous faisait sursauter (agréablement), vous empêchait de sombrer dans l’indifférence. J’y ai vu des images un peu… postapocalyptiques (oui, bon, on ne se corrige pas… mais c’était plus inspirant. À écouter au moment de réfléchir à une histoire de guerre, tient…).

« Le sacre du Printemps » de Stravinsky reste un grand classique — en dépit de la controverse qu’il a suscitée lors de sa création en 1913 —, qui évoque d’une manière assez particulière les peuples primitifs et païens de la Russie. L’œuvre relate l’adoration par les païens de la nature, du dieu du printemps — mais une adoration guère innocente puisqu’elle culmine par le sacrifice d’une jeune femme, épisode souligné dramatiquement dans la seconde partie de l’œuvre. Une partie qui a de quoi vous causer un cauchemar si vous l’écoutez avant de vous endormir ;-) mais qui est sublime.

Quant au « Chant de la Terre »… Ah! Le divin Mahler! Parfois surnommée la « symphonie inavouée» de Mahler (celui-ci l’aurait composé après sa huitième symphonie, mais ne l’aurait pas numéroté, le chiffre « neuf » pour une symphonie ayant une connotation négative pour plusieurs compositeurs depuis Beethoven…), l’œuvre se compose de six chants (six « lieds») inspirés à Mahler par un recueil de poésie chinoise qu’on lui avait offert. Interpellé par ce recueil, il en a repris quelques poèmes qu’il a arrangés et complétés pour en faire des chants, et a composé une musique où se mêlent méditations et symboles orientaux ainsi que les propres méditations et symboles qui préoccupaient le compositeur autrichien. J’ai constaté à cette œuvre comment écouter une pièce de musique en concert est différent de l’écouter en CD. Sur CD on est chez soi, on a souvent peu le temps, on va écouter des petits bouts. Au concert, on assiste à l’œuvre de A à Z et non seulement les chanteurs et l’orchestre, mais aussi la salle entière participe, est enveloppée par la musique, soulevée… et à la fin de l’œuvre on retombe doucement sur terre lorsque meurent les dernières notes. Un petit moment de transcendance, quoi… Je vais me procurer cette œuvre aussi, tiens.

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