dimanche 1 mars 2009

Niez ce corps que nous ne saurions voir...


J'ai déjà dit -- sur ce blogue ou ailleurs, je ne sais plus trop -- que je considérais Michel Onfray comme l'un des philosophes contemporains les plus intéressants qui soient. J'aime bien la philosophie, malheureusement je trouve souvent que nombre de gens flirtant avec celle-ci, y compris des étudiants et des profs de philo, ne font que répéter les propos de quelque Grand Ancien sans jamais oser les questionner ou penser par eux-mêmes. Avec Onfray je sens une certaine indépendance d'esprit par rapport aux courants majeurs -- quasi dogmatiques -- qui dominent les philosophes, une invitation à penser par soi-même: être philosophe n'est pas seulement connaître Kant sur le bout des doigts, c'est avant tout être capable de réfléchir par soi-même. Un vulgaire perroquet n'est pas un philosophe à mes yeux... Dieu merci, j'ai eu la chance de tomber sur des profs de philo qui nous poussait à chanter notre propre chanson...


Bref, j'aime bien Onfray pour cette raison et en ce début de Relâche je me tape l'un de ses derniers bouquins, qui m'avait fait ouvrir le portefeuille il y a quelques mois : Le souci des plaisirs, construction d'une érotique solaire, publié chez Flammarion. La place de la sexualité, du charnel, de la sensualité dans notre vie et dans notre nature est un sujet trop empreint de malaise, alors que la sexualité constitue l'un des pilliers fondamentaux de notre vie (rappelons Coluche qui disait "tout le monde a un cul"). Mais ce pillier est sans contredit l'un des plus réglementé-réprimé qui soit dans notre société, laquelle se veut libre mais souvent encore obscurcie par autant de valeurs judéo-chrétiennes latentes... Le sexe reste trop souvent perçu comme quelque chose de sale, d'animal, non pas comme un partage ou une communication avec l'autre... Il est bien connu pourtant que l'humain, animal social s'il en est, a besoin de contacts physiques, de toucher et d'être touché pour vivre... Et combien de gens, qui ne peuvent pas vivre correctement leur sexualité, se retrouvent affectés par toutes sortes de problèmes -- ce qui en dit long sur l'importance de celle-ci?


Ce qui est intéressant dans l'ouvrage d'Onfray, c'est son examen de la manière dont le salissage de la sexualité a été effectué par les penseurs du christianisme -- alors qu'en Orient on l'exaltait, lui donnait une dimension spirituelle au point de lui consacrer d'épais ouvrages (pensons au kama sutra et à toute l'iconographie érotique chinoise et japonaise...). Je n'ai pas encore fini de lire l'ouvrage, mais il est intéressant de constater -- et en même temps je ne peux m'empêcher d'être choqué -- comment les délires des Saint-Paul (un impuissant notoire?) et Saint-Augustin et cie ont fait du christianisme une obligation de vivre comme le Christ tel que celui-ci se présente dans la Passion: un être au corps martyrisé, qui ne mange ni ne jouit, un cadavre vivant, un "anticorps" dit Onfray.


Et c'est vrai: que vénère-t-on dans les églises? Un cadavre cloué sur une croix. À quoi invite-t-on les gens? À souffrir pour gagner le ciel, à renoncer au bien-être ici-bas, à réprimer tout besoin ou tout envie -- être chaste, réprimer les désirs, etc. -- bref à faire de notre chair vivante et pleine de désir une chair froide, sans passion... aussi morte que ce qui pourrit dans la tombe. À défaut de pouvoir être un bon vivant, Saint-Paul aurait condamné l'humanité à être aussi mort que lui (et le Christ sur la croix...).


Un point de vue qui mérite réflexion. J'ai bien hâte de lire la suite de ce livre, qui est parsemé au passage d'illustrations sur la représentation de la sexualité à travers le temps et les pays qui enrichissent le propos d'une véritable archéologie iconographique. Pour le plaisir des yeux et de l'intellect... (Quoi? Intellect et sexualité? Si si...)

5 commentaires:

David Hébert a dit…

Billet très intéressant qui me donne envie de lire le livre d'Onfray. La sexualité est un sujet malheureusement peu traité en philosophie (pas assez abstrait ?). Il faut avouer que, comme le disait un prof, "Le banquet" de Platon n'est pas une oeuvre très hardcore... ;)

Philippe-Aubert Côté a dit…

Merci David. La suite du livre est très intéressante: examen de Sade, déconstruction des écrits de Georges Bataille... Vraiment très intéressant.

Ah, ce fameux "Banquet" où justement on nous fait l'éloge de l'amour... platonique! L'amour "idéal", qui a peu de chose à voir avec la sexualité réelle (mais Platon et le réel, euh...)

Je crois que Charles Foucault a écrit une histoire de la sexualité qui a sa réputation. Un jour peut-être que je vais me taper ce bouquin aussi...

David Hébert a dit…

En effet, Michel Foucault (et non Charles héhé) a écrit "Histoire de la sexualité", que je n'ai pas lu mais qui m'intrigue assez. Il y a aussi Georges Bataille avec son livre sur l'érotisme.
Si tu t'intéresses au sujet, Jean-Claude Guillebaud a écrit un très bon livre qui est, selon moi, une bonne introduction sur l'histoire de la sexualité, livre intitulé "La tyrannie du plaisir", où il mentionne plusieurs références importantes en lien avec la sexualité. :)

Philippe-Aubert Côté a dit…

Oui, pardon, "Michel" Foucault et non pas Charles (Fourrier) -- Charles Fourrier qui a aussi théorisé sur le sexe je crois... Michel Onfray, Michel Foucault, Charles Fourrier... un écrivain se ferait taper sur les doigts pour avoir donné des noms aussi proches à ses personnages :-)

Merci de la référence. Je viens d'aller voir sur le site de Renaud-Bray pour Foucault et son histoire de la sexualité: trois tomes en format poche? Houlà... Mais why not? Je vais voir...

Lily a dit…

intéressant en effet et de quoi découvrir ! Quant au plaisir du toucher, c'est tellement mis de côté qu'un bon massothérapeute doit pas s'appeler masseur (et encore moins masseuse) sous peine de sous entendus douteux.. quel gâchis ! :)