mercredi 11 mars 2009

Super-Socrate...?


Je disais l'autre jours que je m'étais attelé à la lecture du "Souci des plaisirs" de Michel Onfray -- que j'ai fini d'ailleurs depuis et que je recommande toujours. Onfray y faisait remarquer que le corps du Christ était plutôt, pour reprendre son expression, un "anticorps" : un corps qui ne mange pas, ne boit pas, ne déffèque pas (remarquez, si on ne mange ni ne boit...), ne s'accouple pas... (mais il souffre, ça oui...). Le corps que le christianisme nous demande de vénérer et d'imiter est tout le contraire de notre propre corps réel.


Dans la foulée de cette lecture, j'ai entamé alors "L'histoire de la sexualité" de Michel Foucault (trois tomes). Je viens de commencer le second volume et je trouve cette lecture très stimulante, beaucoup de passages à souligner, même si parfois il faut se renseigner pour bien comprendre le sens que donne Foucault à certains concepts. Quoiqu'il en soit, un passage du second volume de cette "Histoire de la sexualité" m'a rappelé certains souvenirs de mes cours de philos, où l'on parlait de Socrate. Le passage en question parle du fameux "Banquet" de Platon, ce Banquet où justement où on nous vante les vertus de l'amour platonique (pour ne pas dire "plat"). Foucault faisait remarquer qu'à travers le personnage de Socrate, Platon proposait une forme d'ascétisme sexuel -- tout le monde dans ce Banquet désire Socrate mais ne parvient à obtenir ses faveurs, et celui-ci ne les accorde à personne -- qui traduit l'idée que l'abstinence pouvait donner à une forme de sagesse. Cet ascétisme trouve son écho dans le Christianisme, qui par certains points reprend quand même certains éléments moraux de l'antiquité.


Tout ça pour dire que j'ai fait une association amusante : je me suis rappelé la description que nous a fait jadis notre prof de philo au Cégep: Socrate, tel que le décrit Platon (dans le Banquet on le voit assez bien), a tout du super-homme: l'alcool ne le rend jamais ivre, on le montre souvent éveillé pendant des heures sans besoin de dormir, il marchait pieds nus dans la neige sans se plaindre... Je me souviens que j'avais lu le Banquet, j'avais songé que Platon exagérait sûrement...


Socrate était-il constitué aussi d'un anticorps?


Et là une autre remarque de ce vilain Onfray qui me revient en mémoire, lorsque celui-ci se plaignait qu'on relatait l'histoire de la philosophie comme étant divisée en un "avant-Socrate" et un "après-Socrate", comme si la philosophie était apparue sur terre grâce à un Socrate quasi-messianique qui avait apporté la vérité aux hommes. S'agirait-il d'une vision très chrétienne de la philosophie? Jésus apporte la vérité aux hommes comme un messie, Socrate fait naître la philosophie... Jésus est pourvu d'un anticorps, Socrate pareillement... Jésus n'écrit pas, on ne le connaît que par les récits des autres, tout comme Socrate, mis en scène par Platon...


Jésus a un anticorps qui mourra tout de même crucifié suite à sa condamnation par la société d'alors, Socrate qui semble si invulnérable succombera à la ciguë après qu'on l'ait condamné pour avoir débauché (intellectuellement) la jeunesse...


Curieux ces similitudes, non?

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