vendredi 27 mars 2009

Un automne écarlate


Oui, bon, le Crâne à casquette a un peu délaissé son blogue depuis une semaine, mais il se passe bien des choses ces temps-ci, qui feront peut-être l'objet de billets plus tard. Mais aujourd'hui, pas question de parler de moi; ce que je veux faire, c'est réunir mes impressions sur l'oeuvre d'un autre, soit Un automne écarlate de François Lévesque, publié chez Alire.


Un pote à moi m’a appris l’autre jour qu’Un automne écarlate était déjà sorti en librairie; aussi, en me rendant au travail lundi, j’ai une fois de plus sorti le portefeuille… Gnnnnn. On ne se refait pas.

Mais là, ni culpabilité ou déception : le dernier-né de François Lévesque justifie qu’on ouvre le portefeuille. C’est, du moins, mon diagnostic général après avoir complété ma lecture. Diagnostic que je veux impartial, mais… je ne nierai d’avoir été interpellé en voyant une reconstitution assez réaliste de ce qu’était ma propre enfance — hormis les détails morbides — et que cela explique aussi en partie que j’ai embarqué. Mais ça n’enlève rien au fait que le roman est très bien construit et saurait soulever l’intérêt de gens beaucoup plus âgés ou plus jeunes que moi.

Je m’explique : le protagoniste d’Un automne écarlate, Francis, c’est exactement ce que bien des gens de ma génération étaient dans le milieu des années 1980 : un écolier du primaire en proie aux railleries les plus mesquines, à l’intimidation, à l’incompréhension fréquente tant des adultes que des enseignants, avec toute la rage refoulée qui va avec, et qui trouvait une certaine consolation dans l’imaginaire. Je me suis rappelé comment le primaire reste une période sombre, qu’on est heureux de reléguer aux oubliettes, avec ses cortèges de petits bourreaux incapables d’attaquer les autres sans leur cour. Ma sympathie pour Francis n’en était que plus grande. Mais mon intérêt, et mon plaisir, ont été vivement attisés dans l’évocation des vieux films d’horreur des années 1980, ces films qui ont parfois vieilli, mais qui, à l’époque, constituaient le summum de l’effroi. C’est coutume que les auteurs débutants, surtout les amateurs d’épouvante, emplissent leurs histoires d’allusions aux films qui ont marqué leur enfance, pensant que c’est original. Dans Un automne écarlate, toutefois, le procédé marche très bien parce que le protagoniste principal se passionne pour tous les films d’horreur des années 1980, les écoute et les réécoute au point d’en perdre l’équilibre — plus qu’un simple hommage, ces allusions constituent une part essentielle du récit. Et bon, parmi tous les films cités, les deux plus importants sont aussi ceux qui ont traversé ma jeunesse : Le loup-garou de Londres et le truculent Vampire vous avez dit vampire? (que je me suis repassés pendant ma lecture; bien sûr cela fait un bail que je les ai en DVD).

On comprendra que la vie du petit Francis m’a rejoint, et que comme je connais ces deux films par cœur ma lecture n’en a été que plus jouissive. Probablement tous les amateurs de littérature de genre d’à peu près mon âge ressentiront le même effet.

En dehors de cela, je dois dire que l’ensemble du roman est bien fait, bien structuré, bien écrit. Les descriptions sont minimisées par endroits, mais le flou qui en résulte donne à l’ensemble un aspect irréel en accord avec l’histoire : après tout, on parle d’un protagoniste qui vit des déconnexions ponctuelles avec la réalité. Le style léger réussit, je crois, là où Stephen King échoue depuis un certain temps : à rendre intéressante toute l’introduction à la psychologie des personnages (remarquez, j’ignore si King s’est amélioré, cela fait un bail que je ne l’ai pas lu).
Petit bémol : j’avouerais que, parfois, j’ai trouvé l’emploi de dialogues avec tirets plutôt confondant, le risque dans ces dialogues étant de perdre de vue qui dit quoi. Mais c’est un bémol bien mince pour un livre qui présente beaucoup de qualités ailleurs. Certains lecteurs pourraient trouver confondants les chevauchements de rêve et de réalité qui parsèment l’histoire, mais personnellement je m’y suis retrouvé et ça sert bien l’ensemble.

Bref, n’hésitez pas à vous procurer ce livre, il vaut la peine qu’on s’y intéresse. Oh, et portez attention à la dernière phrase. J'ai adoré.

3 commentaires:

richard tremblay a dit…

Ça a l'air vraiment bon, je vais l'acheter.

La tête dans les étoiles... a dit…

Ouais, moi aussi tu me convaincs de le lire. Merci pour le tuyau !

Maika a dit…

J'ai commencé la lecture de ce roman au début de la semaine, et l'ai terminé hier soir...

Très troublant, j'ai peine à croire qu'il y a réellement une suite.

Je crois que la persécution que subit Francis rejoint tout le monde quelque part, pour l'avoir subie ou pour en avoir été témoin.

En espérant que tout le monde ne réagisse pas comme lui!