vendredi 10 avril 2009

Un (autre) crâne qui a de la personnalité...




Ça pourrait concerner mon alter ego, mais c’est du crâne au coeur d’un vieux film dont il s’agit ici. :-)

La première fois que j’ai entendu parler du Marquis de Sade, ce n’est pas à l’école, mais dans un vieux film d’horreur de la Hammer de 1965, Le crâne maléfique (The skull), mettant en vedette Peter Chushing, Christopher Lee et Michael Gough dans un petit rôle (le Alfred des Batman de Tim Burton). J’étais jeune à l’époque et bien sûr on ne m’avait pas expliqué en détail qui était le Marquis de Sade, mais j’avais au moins compris que le bonhomme était tordu. Quoi qu'il en soit, j’aimerais dire quelques mots sur ce curieux film d’épouvante qu’on vient de ressortir en DVD et sur lequel je me suis précipité, bien sûr. Attention, mon commentaire contient quelques spoilers…

The skull restera toujours l’un des souvenirs vifs de mon enfance, bien que je n’ai vu le film que deux fois, très très jeune (et dans le désordre), avant de le revoir en VHS lors de mon arrivée à Montréal, plus de quinze ans après. Peter Cushing y interprète Christopher Maitland, un historien de la sorcellerie qui se voit offrir par un pourvoyeur en antiquités occultes le crâne du Marquis de Sade. Ce crâne étrange, qui ne sourit pas contrairement aux crânes normaux, a été maintes fois perdu et retrouvé, le long d’un parcours ponctué de crimes et d’événements bizarres. L’objet posséderait-il un pouvoir maléfique susceptible d’influencer l’environnement et les gens qui l’entourent? Peut-être, affirme un Christopher Lee convaincu que le Marquis de Sade, à l’origine, n’était pas dément, mais possédé — possédé par un esprit malfaisant qui habiterait toujours son crâne. Maitland est sceptique, mais il doit admettre que nombre d’événements étranges se produisent depuis qu’on lui a proposé la macabre relique. À la fois sceptique et soucieux d’observer scientifiquement des manifestations paranormales, il commettra la folie de passer la nuit dans sa bibliothèque, où il a entreposé le crâne. Mal lui en prendra…
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Les films de la Hammer, qui se voulaient effrayants, dégueulasses et parfois pleins de sexe à l’époque, ont souvent tendance à faire sourire aujourd’hui — surtout si vous regardez la bande-annonce fournie avec le DVD qui est à se bidonner! Mais c’est passer à côté du fait que, faute d’effroi et d’effets spéciaux élaborés (et de moyens faramineux), les artisans de la Hammer devaient parfois miser sur une certaine dose de subtilité et d’atmosphère. The Skull n’effraie pas, on peut déduire parfois où se cachent les ficelles, mais revoir ce film en DVD m’a montré comment tout résidait dans la mise en scène soigneuse des images, des effets de lumière et des contrastes. Le film est court, environ 1h20, mais pendant la première heure il n’y a aucun effet spécial majeur : on sait que des choses étranges se passent, des crimes, des rêves, etc., on sait que le crâne du Marquis de Sade en est responsable, mais c’est toujours indirect, caché, on le déduit plus qu’on le voit. Tout au plus, avec les séquences filmées à partir de l’intérieur du crâne, a-t-on l’impression que celui-ci épie les gens. Et tout change dans les dernières vingt minutes, lorsqu’un Peter Cushing inconscient décide d’observer le crâne à l’œuvre. On constate que la relique peut se déplacer, bouger des objets et inciter les gens au meurtre… et malheur à celui qui lui résiste, comme le découvrira à ses dépens le héros de l’histoire. Très peu d’effets spéciaux, essentiellement des prises de vue et des éclairages qui confèrent au crâne une certaine expressivité, comme s’il se montrait fâché ou avec un regard insistant…


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Pas le summum de l’effroi, mais quand on l’écoute toute lumière fermée on se laisse embarquer, on se demande où cette histoire va nous conduire. Et la finale est loin d’être un happy end.

Parfois, je me dis que si j’étais réalisateur avec pour mission de faire le remake d’un film d’épouvante, je ferais une nouvelle version de cette histoire. Tirée à l’origine d’une nouvelle de Robert Bloch, The skull reste collé beaucoup à la trame de celle-ci, mais je crois qu’on aurait pu étoffer le sujet, l’amener dans des directions que Bloch n’a pas eu à explorer dans les limites d’une nouvelle, mais qu’on aurait pu exploiter à l’intérieur d’un film. Avec, pour les scènes historiques, des décors un peu plus sophistiqués. Mais pour le moment, ça reste une petite curiosité amusante à regarder. Et ma foi, une ou deux images sont bien pensées. Je pense surtout à la finale où un Peter Cushing effrayé (et convainquant) se retourne pour apercevoir, dans l’ombre de sa chambre, le crâne qui secoue la tête négativement, avec une sorte de rictus impassible (eh oui, l’effet d’éclairage suggère un peu cela), pour lui dire muettement « non, tu ne m’échapperas pas! »

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