dimanche 10 mai 2009

Soir de théâtre --- Amadeus, de Peter Shaffer


De tous les films que j’ai vus, il y en deux au sommet de mon palmarès personnel, que j’aime, que je réécoute et que je connais par cœur : « Les aventuriers de l’arche perdue » (tiens donc…) et « Amadeus ». Des sommets dans des registres différents. Pour « Amadeus », deux scènes surtout me font flipper à chaque fois : celle où Salieri explique à son confesseur qu’il veut faire passer le requiem de Mozart pour le sien dans le seul but de « forcer Dieu à l’écouter », et celle où Mozart, agonisant, dicte à Salieri son requiem et lui fait comprendre, par la même occasion, ce qu’est la musique. Des scènes épouvantables, terribles, mais magnifiques.

Donc, pas étonnant, vendredi dernier j’étais au théâtre Jean Duceppe pour assister à une représentation « d’Amadeus », la pièce d’origine traduite et adaptée par René Richard Cyr, avec Michel Dumont dans le rôle de Salieri et Benoît McGinnis dans celui de Mozart. J’avais mes billets depuis le mois de septembre et jusqu’à vendredi soir je croyais que ma représentation était le samedi… jusqu’à ce que je réalise vendredi à 15 h 30 que la date du billet était celle du jour d’hui !

Présenter « Amadeus » sur scène est un défi qui doit apporter beaucoup d’inquiétudes aux comédiens et au metteur en scène : si le spectateur y va, c’est surtout, je pense, parce qu’il a vu et adoré le film de Milos Forman. Les attentes du public doivent être énormes — alors qu’on ne peut retrouver sur scène l’équivalent d’un film. Les scènes monumentales du film ne sont pas présentes dans la pièce originale ou sont très différentes, ce qui n’empêche nullement les interprètes de nous livrer des moments saisissants, inattendus, qui nous figent dans notre fauteuil. Quand Benoît McGinnis campe un Mozart qui, monté sur des chaises, explique aux autres sa conception de l’opéra telle qu’il veut la mettre en pratique dans « Les noces de Figaro », on touche la folie du bout du doigt. On devient mal à l’aise dans son fauteuil et on se demande si, en effet, Mozart avait effleuré la folie pour composer des œuvres comme les siennes. Et il y a la magnifique scène finale où Michel Dumont joue Salieri mourant, dans son fauteuil, qui nous offre l’absolution (à l’assistance, si si) en tant que saint patron des médiocres. Oui, cette finale rappelle celle du film, mais elle est présentée d’une autre manière et le fait que Salieri s’adresse à l’auditoire engendre un effet particulier, un peu démentiel. L’image de Michel Dumont dans son fauteuil nous reste longtemps en tête après la tombée du rideau. Et bien sûr, tous les autres interprètes tirent leur épingle du jeu d’une manière agréable… Tous de grands comédiens qu’il est enrichissant de pouvoir contempler sur scène, en chair et en os, plutôt qu’à la télévision.

La scène où Mozart réinvente la marche de bienvenue de Salieri au piano est purement jouissive, et on se surprend à taper la mesure sur son genou.

Ah, et j’aurais un bon mot pour la mise en scène aux décors dépouillés, et surtout les costumes : ainsi, les habits de Mozart, bien qu’avec le design de l’époque, sont souvent fluorescents. Si ces couleurs avaient existé à l’époque, nul doute que Mozart les aurait adoptées.

Une pièce de théâtre à voir, donc. Et après, on se repasse le film, non pas pour comparer, mais pour mieux prolonger le plaisir de la confrontation entre ces deux personnages mythiques que sont Salieri et Mozart (qui, dans la vraie vie, étaient en fait beaucoup plus proches et partageaient parfois leurs maîtresses…).

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