vendredi 26 juin 2009

Rembrandt détective...

J’avais déjà parlé de mon admiration pour « La jeune fille à la perle », tant le film que le roman de Tracy Chevalier. Aussi le synopsis de la « Ronde de nuit » de Peter Greenaway m’intriguait-il depuis un bout de temps déjà. La Ronde de nuit, c’est l’un des portraits les plus connus de Rembrandt, peintre assez fascinant tant pour ses œuvres que pour la manière dont il les concevait. En effet, si Rembrandt peignait beaucoup, ses élèves réalisaient beaucoup de reproductions de ses toiles, à titre d’exercices. Seulement, Rembrandt signait le tout et le vendait au prix fort : pour lui, son œuvre s’étendait en fait à TOUT ce qui sortait de son atelier, y compris les productions de ses élèves… Dans un documentaire fort intéressant, j’ai déjà vu qu’authentifier une toile de Rembrandt est toujours un défi parce qu’on ignore qui, du maître ou de l’élève, en est le véritable auteur… Et comme les deux travaillaient à la même époque, en plus…

Dans le film de Peter Greenaway, Martin Freeman campe un Rembrandt assez convaincant, pas trop éloigné de l’original. Le peintre hollandais, sur les conseils de son épouse, accepte une commande de la milice des Mousquetaires d’Amsterdam, qui souhaite un portrait de groupe. Réticent, Rembrandt accepte et planifie la toile, qui devrait lui prendre neuf mois à peindre. C’est alors que l’un des capitaines des mousquetaires meurt lors d’un exercice de tir. Un accident, officiellement, mais les rumeurs courent… Au fur et à mesure qu’il prépare sa toile, Rembrandt, intrigué par la mort de ce capitaine, questionne, enquête, échange les hypothèses avec ses servantes et ses assistants. L’accident serait-il un meurtre? Pour quel motif? Alors que toute la bonne société d’Amsterdam semble savoir qu’il y a eu crime, mais n’ose se l’avouer, Rembrandt décide de rendre justice à sa manière : dans la toile, il glisse une foule d’indices révélant la nature du complot, l’identité des assassins et les motifs… Mais les mousquetaires ainsi démasqués dans la plus grande discrétion font tout pour ruiner la réputation du peintre.

C’est là une idée fort intéressante, basée sur le nombre de détails étranges qui parsèment le tableau original de Rembrandt (voir ci-dessous) : cette jeune fille qui fend le groupe de mousquetaires à contresens en portant des poulets, ce mousquet qui semble tirer près de l’oreille d’un homme sans que celui-ci s’en rende compte, ce miroir à l’arrière-plan où se refléterait l’œil d’un Rembrandt à la fois espion et accusateur… Tentant d’y voir l’exposition d’un meurtre. Il y a là une idée très intéressante, qui, je crois, aurait pu donner un grand film, mais j’avoue que je reste un peu… perplexe. Peter Greenaway est un cinéaste de talent, mais c’est aussi un ancien étudiant des Beaux-Arts qui soigne ses images au détriment du reste. Chaque scène du film est un tableau en soi avec ses jeux de lumière, sur ce plan le film est un régal. Toutefois, cela a gêné ma compréhension globale : souvent, les dialogues entre les personnages ont lieu alors que la caméra les filme de loin, comme s’ils faisaient partie d’un grand tableau, et l’on a de la misère à identifier qui est qui et qui dit quoi — ajoutez à cela que les noms hollandais sont plutôt difficiles à retenir, administré en l’air de la sorte. Enfin, Greenaway a choisi de faire un film avant tout théâtral : à l’exception de quelques scènes en extérieur, en pleine nature, l’essentiel se déroule comme sur une scène de théâtre avec des décors impressionnistes qui, à mon avis, jurent avec le réalisme des costumes et accessoires mis à l’avant-plan. Les dialogues sont pompeux et certaines scènes longues, notamment lorsque Rembrandt s’adresse au spectateur pour parler des femmes qu’il aime. C’est une mise en scène certes moins conventionnelle, mais qui passe mal au grand écran et qui nous prive de la possibilité d’en apprendre énormément sur Rembrandt, sa façon de travailler, son univers, etc. Elle a aussi gêné la compréhension du fameux meurtre : qui, quoi, comment, pourquoi? Je n’en ai saisi que des bribes…
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« La ronde de nuit » reste néanmoins un exercice cinématographique captivant, parce qu’on l’écoute jusqu’au bout malgré ses 2h20 et l’on s’extasie devant la mise en scène… C’est cependant comme ça que je l’ai perçu : un exercice dont le but était de nous commenter et de nous expliquer les différents détails étranges qui parsèment la Ronde de nuit (le tableau). Mais il me semble que Greenaway aurait pu arriver au même but avec une approche plus conventionnelle qui nous en aurait même plus appris sur Rembrandt et ses méthodes, et sur la société hollandaise de cette époque que le film entend dénoncer, mais qui, je trouvais, brille par son absence.

À voir donc, mais je crois que cela aurait pu être plus efficace.

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