mardi 10 novembre 2009

Les aventures d'un jeune Moriarty


Le hasard l’autre jour a mis entre mes mains, à la bibliothèque nationale, la bande dessinée adaptée de la série Artemis Fowl, publiée chez Gallimard. Je ne connaissais rien de ce personnage, mais un vague recoin obscur de mon cerveau rempli de monstres et de chimères m’affirmait que j’avais déjà vu ce nom quelque part. Aussi ai-je donc emprunté l’ouvrage. Qui m’a beaucoup plu. Et comment puisque le héros de cette histoire n’est nul autre que… le méchant. :-) [N.B. La page couverture montrée ici est celle de l'édition anglaise, plus jolie que celle retenue pour la traduction française.]

Artemis Fowl est, selon certaines sources, un gros succès de la littérature jeunesse et une adaptation cinématographique serait en cours. Fruit de la plume de l’écrivain irlandais Eoin Colfer (prononcez « Owen Colfer »), Artemis Fowl raconte les aventures de l’héritier d’une famille irlandaise connu pour n’avoir vécu que par le crime. Pour restaurer la fortune familiale après la disparition de son père, mais aussi pour retrouver celui-ci et sauver sa mère devenue folle, le jeune Fowl, 12 ans, petit génie de l’informatique et des sciences, conçoit un plan audacieux : kidnapper une fée et lui dérober son or. Un plan dangereux, qui passera à deux doigts de provoquer la chute tant du monde féerique que du nôtre… Car Fowl ne kidnappe nul autre que la capitaine Holly Short, membre des FARfadets (Forces Armées de Régulation du Peuple des fées), une elfe policière dont la disparition provoquera tout un branle-bas de combat. Branle-bas dont Fowl s’en sortira grâce à une ruse extraordinaire, qui constitue le clou du récit.

Un antihéros, bref, dont on aurait peut-être censuré les aventures dans ma prime jeunesse. Toutefois, ce n’est pas la première fois que les Britanniques nous livrent des histoires pour enfant un peu cruelles et dotées de personnages ambigus — on n’aura qu’à demander à J.K. Rowling ou Roald Dahl. Et ici, quelle gageure : ce ne sont pas les aventures d’un jeune Sherlock Holmes qu’on nous raconte, mais celles d’un jeune Moriarty plutôt charismatique, à tout le moins fascinant.

La bande dessinée m’a beaucoup plus. L’histoire est bien ficelée, le design des personnages m’a semblé assez original. L’univers féerique auquel se frotte le jeune Artémis est aussi bien différent de celui d’Harry Potter. Si, ici aussi, elfes, fées, gobelins et nains côtoient aussi bien les centaures que les trolls, c’est dans un univers souterrain à la Blade runner plutôt qu’un univers de sorciers. Dans le monde des fées, il y a de la magie, oui, mais aussi beaucoup de technologie qui emploie justement cette magie. L’univers féerique qui sert d’arrière-monde aux aventures de Fowl tord donc le cou à quelques stéréotypes et flirte avec la SF, ce qui n’est pas pour me déplaire :-)

Intrigué, je suis allé emprunter les romans à la bibliothèque, l’adaptation BD ne se limitant pour le moment qu’au tome 1. Force m’est d’admettre que j’ai préféré la bande dessinée; je serais prêt à ouvrir le portefeuille pour elle, mais pas pour les romans. Ceux-ci sont remplis de bonnes idées et ont des intrigues assez bien ficelées, mais ils manquent, à mon avis, de ce qui faisait le charme des romans de J.K. Rowling auprès des adultes : une excellente maîtrise de la prose et des techniques narratives, ainsi qu’une rigueur extraordinaire dans la conception des arrières-mondes. Le style de Colfer m’a vraiment donné l’impression d’être destiné à la jeunesse, ce que je ne ressentais pas avec Rowling. Ensuite, je n’ai pu m’empêcher de noter des erreurs majeures dans les univers dépeints par Colfer — pas de petits accrocs que seul un fanatique maniaque remarquerait, mais des problèmes de logique qui invalident carrément l’intrigue. Curieusement, ces erreurs sont corrigées dans la bande dessinée. Je suis actuellement en train de parcourir le second roman de la série et les irritants abondent tellement que je ne crois pas poursuivre. Cela dit, pour un public jeunesse, ces romans constitueront sûrement des œuvres marquantes.

Mon impression, c’est que le passage du premier roman à la bande dessinée a permis une épuration — les illogismes ont été corrigés —, mais aussi un approfondissement : le côté descriptif manque cruellement dans les romans de Colfer, je n’ai pas perçu son univers de la même manière que je percevais le château de Poudlard, par exemple. La bande dessinée compense ce défaut en nous montrant cet univers (bien entendu…) et en lui donnant une apparence qui rompt avec ce qu’on attend d’un monde féerique, ce qui peut soulever l’intérêt.

Je suis curieux de voir les adaptations BD des autres romans du cycle. Si les romans de Colfer n’ont pas réussi à rejoindre le lecteur que je suis (et qui n’appartient pas au public visé), la bande dessinée a atteint ce but. Je suis curieux, maintenant, de voir ce que ça va donner au cinéma.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

c'était très intéressant à lire. Je tiens à citer votre post sur mon blog. Il peut? Et vous et un compte sur Twitter?

Philippe-Aubert Côté a dit…

Vous aurez mon autorisation... dès le moment où vous vous serez identifié :-)