samedi 13 février 2010

Sur ma faim de loup...


(Attention : spoilers...)

Bien sûr, on s’en doute, j’avais l’obligation morale d’aller voir The wolfman le premier jour de sa diffusion en salles. Loups-garous, action qui se passe en 1891, allusions à plusieurs classiques du cinéma… Ma réputation en aurait pris un coup si j’avais manqué ça, aussi me suis-je payé une visite au Quartier Latin avec l’ami Sébastien, hier soir.

La version courte : je suis resté sur ma faim de loup. Pour le film génial de loups-garous que j’attends depuis des années, faudra que je patiente encore.

La version longue, maintenant…

The wolfman est le remake du film éponyme de 1941, Benicio del Toro remplaçant Lon Chaney Jr dans le rôle de Lawrence Talbot. La version de 1941 possédait un scénario linéaire et minimaliste, ce qui était excusable compte tenu de l’époque. Selon ce que j’ai lu dans Mad Movies, le premier souhait des scénaristes avait été de piger des idées dans plusieurs autres films (notamment La nuit du loup-garou de Terence Fisher), transposer cela en une époque et un lieu précis (l’Angleterre de 1891) et mettre à jour (i.e. moderniser) les clichés associés à ce sous-genre. La première mise à jour — réussie — concernait le design du loup-garou lui-même : on a en effet respecté l’aspect humain des lycanthropes des années 1940 mais en les rendant plus réalistes et en leur greffant même quelques éléments qui ne sont pas sans évoquer le design de loups-garous plus récents, comme ceux d’Underworld (l’anatomie des jambes, des mains, la capacité de passer de la bipédie à la quadrupédie…). Autre mise à jour (si je peux employer cette expression), le choix de situer l’action en 1891, dans des décors beaucoup plus précis et réalistes que ce qu’on pouvait observer dans la version de 1941, où l’époque de l’action semblait parfois hésiter entre les années 1940, 1920 et même 1890. Ce sont, je crois, les deux forces du film : les loups-garous eux-mêmes et les images (décor, costumes…) plus ancrées dans la réalité.

Mais ce souhait de nous présenter les clichés du film de loup-garou avec des mises à jour s’est arrêté là. Quand Francis Ford Coppola a tourné Bram Stocker's Dracula, on avait affaire à un projet qui tentait à ce réalisateur, qu’il produisait en partie et sur lequel il imposait sa vision artistique — avec le résultat extraordinaire qu’on connaît. Pour The wolfman, malheureusement, nous n’avons pas affaire au film d’un réalisateur mais au film d’un studio. Universal voulait un remake de son classique de 1941, avec le résultat déplorable que plusieurs réalisateurs ont été envisagés, certains ont été retenus avant qu’ils ne claquent eux-mêmes la porte pour désaccords artistiques ou financiers, et qu’en fin de compte le tournage a été confié à Joe Jonhston (Jumanji, Le parc Jurassique III, Chérie j’ai réduit les enfants, Rocketeer...), qui m’a plus l’air d’un tâcheron que d’un réalisateur capable d’imposer des idées audacieuses à un studio.

De fait, The wolfman version 2010 comporte les germes de plusieurs bonnes idées, mais aucune ne reçoit les développements appropriés. Ainsi, on apprend dans le film que le loup-garou qui contamine Lawrence Talbot n’est nul autre que son père (Anthony Hopkins), un ancien soldat qui a été lui-même contaminé lors de son séjour en Inde — il en a d’ailleurs ramené un serviteur Sikh, au courant de son mal, qui a la mission de l’enfermer dans un caveau les soirs de pleine lune. L’irruption de la lycanthropie en Angleterre trouvait, selon moi, une origine intéressante, compatible avec les faits historiques (le colonialisme britannique en Inde, la présence de loups et de fauves dans cette région…). De plus, cela rendait inutile les romanichels qui, dans la version de 1941, introduisaient la lycanthropie via Bela Lugosi. Mais pour respecter le cliché, on a conservé les romanichels dans le remake (alors que je me questionne sur leur utilité réelle; ils n’apportent rien à l’intrigue) et on a évacué les événements qui se sont déroulés en Inde, ceux-ci étant seulement narrés en une minute par Hopkins. Pourtant, cela aurait constitué un prologue intéressant au film. A-t-on eu peur de s’éloigner du cliché des romanichels, même si cela aurait été sain?

En tout cas, je dois avouer que la lutte entre les deux loups-garous à la fin, le père et le fils, était un contre-pied amusant par rapport à la version de 1941, où c’était le père (Claude Rains, à l'époque) qui devait tuer son fils métamorphosé (Lon Chaney Jr) à coups de canne — meurtre du fils par le père, père qui doit tuer sa descendance, donc très dramatique. Dans le remake, le père et le fils, réduits à l’état de bêtes, doivent se battre (à cause d’une femme, sous-entend-on…) et ici c’est le fils qui gagne. Hum… Le fils qui tue le père pour grandir, s'affirmer... Je vois grand-papa Freud assister à la scène dans un coin de la pièce et prendre des notes :-)

Cette allusion à Freud me permet d’ailleurs de pointer l’autre aspect négligé du film, et qui manque cruellement : le volet psychiatrique et psychologique. Le loup-garou est un monstre rempli de sous-entendus psychanalytiques : sexualité réprimée qui se relâche, le désir, le côté animal que la société doit policer, etc. Les éléments sont en place pour injecter un arrière-plan de sexualité dans The wolfman, comme Coppola l’a fait pour Bram Stocker's Dracula : Lawrence Talbot amoureux de la veuve de son frère, le père qui n’est pas indifférent envers sa belle-fille, sans oublier que ces années de la fin du dix-neuvième siècle, avec les balbutiements de la psychiatrie (présentés de manière caricaturale et chaotique), constituait l’époque où la science commençait à s’inviter dans la chambre à coucher des gens de la haute société — dixit Michel Foucault. La lycanthropie du héros aurait pu passer pour une métaphore puissante sur la sexualité, et nous aurait même rendu les personnages plus attachants, mais rien n’est exploité dans ce sens.

La liste de mes récriminations est longue, mais je l’arrête ici, pour ne pas écrire un roman.

Bref, de beaux loups-garous, de belles images, mais il aurait fallu un Francis Ford Coppola pour insuffler au scénario la profondeur qui aurait rendu l’intrigue plus intéressante, plus palpitante, et les acteurs plus enjoués.

3 commentaires:

Luc Dagenais a dit…

"...un ancien soldat qui a été lui-même contaminé lors de son séjour en Inde — il en a d’ailleurs ramené un serviteur Sikh, au courant de son mal, qui a la mission de l’enfermer dans un caveau les soirs de pleine lune. "

J'ai déjà lu une nouvelle avec cette prémisse, mais je ne me rappelle plus c'était de qui...

Gen a dit…

Ça aurait été vraiment sympathique de faire disparaître complètement les romanichels. Les Européens du dix-neuvième siècle les accusant de tout et n'importe quoi, on pourrait leur donner un "break" à présent!

Alexandre Babeanu a dit…

Oui j'ai vu également...

Et ce qui m'a le plus ennuyé, à part tout ce que tu écris déjà, c'est l'insistance du réalisateur à vouloir nous faire sursauter à tout prix toutes les deux minutes... Le coup du silence...BAM! ouf, juste un chat... re silence... CRACK! mince, le monstre !!
pfff pénible à la longue (même à la courte).

Point poisitif quand même, ce sont des bons acteurs et ils ratrappent un peu le film quand meme. Hugo Weaving est pas mal, Benicio non plus...