lundi 5 avril 2010

Un blaireau comme une armoire à glace...


Mon dealer habituel en matière de bandes dessinées m’a mis sous le nez dernièrement cette curieuse BD publié chez Milady (eh oui, Bragelonne, via le label Milady, fait aussi dans la bande dessinée). J’avais déjà remarqué ce livre à la couverture rouge auparavant, mais ce que m’en a dit mon fournisseur (ou démon tentateur…) m’a intrigué. J’avais relevé le côté « furry » de l’œuvre au cours d’une promenade à Québec, mais il y était question, affirmait-il, de steampunk et d’uchronie… Ouvert donc le portefeuille ai-je.

On connaît mon faible pour les chimères, mais outre cet a priori favorable, Grandville de Bryan Talbot a été pour moi une lecture des plus jouissives. L’intrigue est assez bien ficelée et prend place dans un univers uchronique qui rejoignait, justement, une discussion eue avec une amie l’autre jour, à qui j’ai montré la collection Napoléon au Musée des Beaux Arts. Dans ce monde où chimères animales côtoient les humains (en référence à l’univers de Rupert l’ours), Napoléon a jadis gagné la guerre et imposé son empire sur l’Europe. Deux siècles plus tard (et non à la Belle Époque comme l’affirme le résumé) l’Angleterre est devenue une république socialiste indépendante, de moindre importance, plus ou moins à couteaux tirés avec l’empire français de Napoléon XII. Il faut dire aussi que l’autorité de l’empereur est déclinante et qu’une nouvelle révolution couve. C’est sur ce fond uchronique, dans un univers steampunk rempli d’automates, qu’Archie LeBrock de Scotland Yard cherche à résoudre la mort d’un soi-disant diplomate. De la République Socialiste de Grande-Bretagne au cœur de Paris, son enquête le conduit au cœur d’une conspiration capable d’ébranler l’équilibre fragile de l’Europe.

Outre mon a priori favorable pour les « furries », la lecture de Grandville a été agréable, comme je l’ai dit plus haut, à cause des innombrables références parsemées au fil du récit et qui combleront ceux qui s’y connaissent en BD — et ceux qui possèdent une culture générale. Clins d’œil aux débuts de la bande dessinée animalière, mais aussi à Tintin, Spirou, Bécassine, travestissement de tableaux de maîtres pour constituer l’arrière-plan de certaines cases… L’ouvrage recèle plein de petits détails à chercher, et dont on retrouve une description détaillée à la fin. En effet, si — selon ce que je comprends — l’édition originale anglaise de Grandville ne comportait aucune annexe, l’édition française contient un dossier réalisé à la demande de Bragelonne, où l’auteur détaille ses sources d’inspiration. Si certains apprécient peu les « explications fournies après coup », d’autres y trouveront un aperçu intéressant de tout le travail artistique qui accompagne la réalisation d’une BD de ce genre — et qui en rendra la lecture plus jouissive. J’ai personnellement très hâte d’assister à une autre aventure de l’inspecter LeBrock. Bryan Talbot, dans un premier temps, semblait avoir eu l’idée de réaliser seulement un « one-shot », mais enthousiasmé par son arrière-monde il a décidé d’en offrir un ou deux autres aperçus, pour notre plus grand plaisir.

Attention : pas pour les enfants! Surtout pas! On a affaire ici à quelque chose dans la veine de Blacksad, même si le dessin est différent. Beaucoup de sang, même du sexe suggéré. Malgré sa tête de blaireau aux yeux bleus et au gros museau, l’inspecteur LeBrock reste une armoire à glace forte en poings qui n’hésite pas à massacrer ses adversaires au besoin ou à sectionner l’oreille d’un criminel réticent à coopérer. L’ombre de Tarantino flotte tout près…

Une BD que je vais faire inscrire sur ma liste de mise de côté, tiens…

9 commentaires:

Alamo a dit…

Salut Philippe,

merci pour la plug, moi qui préfère les "comics" américains pour leurs côté plus sérieux. Voilà une BD qui me donne l'envie, grâce à ta plug, de plonger dans l'aventure européenne de la BD...

Je préfère ce genre d'histoire à disons, un truc plutôt incompréhensible mais ayant de beaux dessins... héhé.

Au plaisir,

Alamo

Philippe-Aubert Côté a dit…

Il y a de très bonnes BD européennes sérieuses, mais j'avoue que parfois je m'y perds. Par chance j'ai des amis qui suivent cela de façon professionnelle et me signalent les bons coups, les trucs qui risquent de m'intéresser. J'avoue que c'est l'avantage d'aller dans la petite boutique (quand même bien garnie) où je m'approvisionne en BD: elle est tenue par des passionnés qui n'hésitent pas à discuter avec le client et qui connaissent leur domaine. (Et non, ils ne me paient pas pour vanter leurs mérites...) :-)

Alamo a dit…

Serait-ce à tout hasard Planète BD sur St-Denis???

Philippe-Aubert Côté a dit…

Yep! Comme on peut le constater en cliquant sur le lien en début de mon message :-) (mais pas très évident avec ce fond couleur sable...)

Je crois que je dois faire partie de leur plus vieille clientèle car je les avais adopté à leur première semaine d'ouverture. Depuis, quand je vois des BD à l'extérieur, je prends à note et je vais commander là.

Alamo a dit…

Idem! :)

De plus j'aime beaucoup leurs système de carte fidélité, ça vaut la peine quand on y va souvent!

Au plaisir! Merci encore pour la plug!

Alexandre Babeanu a dit…

Bon bin c'est malin, va falloir que je me creuse la tête pour trouver ça par ici... merci hein :)!

Bon, ton blaireau a l'air interessant en effet, merci du tuyau.

richard tremblay a dit…

Dans une bd aussi fortement référencielle, y a pas le danger que les arbres finissent par cacher la forêt ? Tarantino, que tu cites, en est un bon exemple, c'est tellement référenciel qu'on finit par chercher ou voir uniquement les références et oublier le récit ? (Les Kill Bill ne fonmctionnaient pas pour moi justement pour cette raison, et je n'ai pas encore vu Inglorious Basterds...)

Philippe-Aubert Côté a dit…

C'est un risque en effet, mais pour cette BD là je ne crois pas qu'il se concrétise. La référence à Tarantino est une impression personnelle d'abord, parce que cette BD est très violente par moment -- une violence assumée par les héros de l'histoire en plus, d'où ma pensée pour Tarantino. (Ah ben viande, je viens de voir que dans le résumé à l'endos on parle de Tarantino -- mais c'est sans doute la traduction de la pensée de l'éditeur). Quant aux autres références, elles sont trop subtiles je crois pour former un frein à la lecture. Il faut les chercher et surtout posséder la culture nécessaire. Celles que j'ai repéré ont constitué pour moi un bonbon supplémentaire, et celles qui m'ont échappé ont été pour moi l'occasion d'apprécier tout le travail de recherche graphique de l'artiste.

charles-étienne-mayer a dit…

bon en effets, mais je trouves que la violence est trop lassante. tu finit par être tanné