vendredi 24 septembre 2010

ACP tome 2 : aussi à ne pas manquer...

Il y a près d’un an et demi, j’ai commenté sur ce blogue le premier tome de l’Académie des chasseurs de primes (ACP), bande dessinée qui avait constitué une agréable surprise : moi qui lis des BD SF depuis longtemps, je découvrais qu’il s’en faisait de très bonnes au Québec — aussi bonnes, et parfois même meilleures, que bien des albums publiés chez Soleil ou Delcourt. Si l’automne 2010 est indiqué depuis longtemps dans mon agenda comme celui où paraîtra le quatrième tome de Blacksad, c’est aussi celui où allait sortir le second tome d’ACP, que j’attendais avec autant d’impatience. Sans la foule monstrueuse à la Montréal Comic-Con et mon caractère épisodiquement sauvage, j’aurais acquis mon exemplaire en primeur. Mais je me suis repris après le lancement officiel. (Question à moi-même : une situation est-elle épisodique quand elle est vraie 85 % du temps?)


Le premier tome d’ACP nous narrait les aventures d’un nouveau groupe d’élèves admis dans une académie consacrée à la formation des chasseurs de primes dans une communauté galactique à la Star Wars. Bien que ces aventures formaient une métahistoire, plusieurs d’entre elles avaient été publiées séparément et de façon échelonnée sur une longue période. Leur assemblage au sein d’un livre unique donnait donc une histoire cohérente globalement, mais avec des variations dans les dessins, ou des sous-intrigues qui pouvaient diverger du récit principal. Rien de bien anormal compte tenu du contexte dans lequel l’œuvre a été produite et certes pas un obstacle ni à ma lecture, ni à mon plaisir.

Premier constat, donc : ce second tome, réalisé en ligne droite sur une courte période, se différencie de son prédécesseur par son unité. Les critiques ne pourront souligner aucune hétérogénéité dans le style des dessins ou les histoires. Le scénario est beaucoup plus resserré, ce qui ne l’exempte pas de petites anecdotes et parenthèses amusantes qui colorent et étoffent le récit principal. Alors que le premier tome nous donnait un aperçu des différentes facettes de l’apprentissage des futurs chasseurs de prime, ce tome 2 se focalise sur l’expédition des académiciens pour secourir l’une des leurs, ramenée de force par ses parents, le duc et la duchesse de Voldsohmet, dont elle avait fui l’emprise. Cette expédition illégale sera l’occasion pour les jeunes chasseurs de prime d’agir seuls sur une planète reculée qui, bien que répertoriée par la communauté galactique, n’a pas dépassé le stade féodal. Au menu : duels, rencontre avec des autochtones échappés d’un livre de fantasy, dragons spatiaux, saut en bungee orbital (belle trouvaille, bien exploitée!), guerres et conflits politiques entre familles royales à la Star Wars ou à la Dune… La vie de chasseurs de primes n’est pas de tout repos!

Comme je l’ai déjà dit dans mon commentaire du tome 1, ACP est un exemple de SF extravagante, ou plutôt de Science-Fantasy qui n’hésite pas à mélanger des genres que certains puristes aiment voir séparés (par exemple, l’univers spatial et technoscientifique de la communauté galactique côtoie les dragons et l’usage de la magie). Certains puristes vont grincer des dents, mais dès l’instant qu’on les laisse morigéner dans leur coin et qu’on se laisse séduire par l’extravagance et les péripéties bon enfant, on éprouve un réel plaisir à parcourir les aventures rocambolesques de cette bande d’apprentis-chasseurs-de-primes. Et il faut admettre que le mélange des genres, encore une fois, ne laisse place à aucune incohérence : s’il y a de la magie dans l’univers d’ACP, elle est soumise à certaines règles qui jouent un rôle essentiel dans l’intrigue.

Mais outre le pur plaisir de lire une BD pour passer agréablement la soirée, ACP tome 2 offre beaucoup de matériel pour rassasier le lecteur qui aime aller en profondeur. D’abord, le récit, bien que plus linéaire, m’a semblé plus complexe que celui du tome 1. Alors que j’ai spontanément abordé le tome 2 comme une lecture « facile », j’ai dû revenir en arrière à quelques reprises pour vérifier tel ou tel détail, et réaliser que je devais lire de manière plus attentive — qu’on se rassure, ce n’est arrivé qu’une ou deux fois et cela me pousse à formuler cette recommandation : pour bien saisir, le lecteur a, je crois, avantage à se replonger dans le premier tome pour se remettre les personnages principaux en tête, mais aussi les liens qu’ils entretiennent avec d’autres membres de leur entourage. Sur le plan de l’arrière-monde, ACP tome 2 présente une foule de trouvailles visuelles qui vaillent une bonne relecture; je pense notamment aux détails vestimentaires des personnages et au design de ceux-ci, qui ont visiblement fait l’objet d’une recherche poussée. Beaucoup de trouvailles scénaristiques sauront intéresser l’amateur de SF : les tiques mangeuses de planète, le saut en bungee orbital… Il y en a tellement que les surplus doivent être exploitées dans les annexes intéressantes fournies à la fin de l’album. Et je me dois de mentionner le découpage des cases, qui a constitué pour moi un vrai plaisir — mais qui pourrait rebuter, il est vrai, le lecteur rapide ou peu habitué : superposition de cases, disparition de celles-ci (je pense à la page où toute l’action est racontée entre les méandres d’un dragon géant…). Ce genre de découpage audacieux est bien connu des lecteurs de comics et a constitué pour moi un vrai plaisir : il oblige un instant à interrompre sa lecture pour admire la planche entière. Personnellement, j’adore, mais il se peut que certains lecteurs soient rebutés. Certains aiment lire en continu, moi j’aime bien m’arrêter de temps en temps pour admirer le paysage…

Mon seul vrai bémol, c’est le format retenu pour la publication. ACP tome 2 est publié dans la collection Rotor aux 400 coups, collection connue pour ses livres de format comics. Or, les planches d’ACP sont riches en cases, textes et détails, et je crois que leur réduction pour l’impression provoque une perte d’information. Pour avoir vu quelques-unes des planches originales lors du dernier Salon du livre de Québec, je peux dire que celles-ci sont très riches en détails intéressants. En voyant les mêmes planches publiées, je les ai trouvées trop petites, et parfois oui, me munir d’une loupe a été une bonne idée. Je dois admettre toutefois que ce détail m’a frappé pour le tome 2, mais pas pour le tome 1, et qu’un autre lecteur qui n’a pas vu ces planches pourrait ne rien remarquer. J’ose espérer qu’il y aura un jour une réédition en plus grand format qui pourra constituer une redécouverte de cette œuvre.

En tout cas, ce second tome me conforte dans mon impression : il se fait de la bonne BD SFF au Québec, de qualité égale — et parfois supérieure, oui — à ce qui se publie en Europe. J’espère que ce milieu continuera de se développer dans les prochaines années et qu’il se fera connaître de plus en plus.

(En passant, je constate au moment de publier que ce billet est le 200ème à paraître sur ce blogue... Ah ben coudonc! Moi qui le néglige souvent, le pauvre... Mais pour de nobles causes :-) )

4 commentaires:

RED a dit…

Excellente critique!

Philippe-Aubert Côté a dit…

Thanks! :-)

Gen a dit…

Il se fait de l'excellent "tout" au Québec je pense : faut juste fouiller un peu plus pour le trouver ;)

En tout cas, tu m'intrigues avec cette série. :)

Philippe-Aubert Côté a dit…

C'est une série pas inintéressante :-)

Certes, faut aimer la BD mais un amateur de SF littéraire qui est peu à cheval sur le mélange de genres devrait apprécier les trouvailles intéressantes qui parsèment chaque album. Et ACP est quand même aussi bien, voire meilleur que plusieurs albums européens que j'ai lus et qui étaient publiés dans de grosses maisons d'édition.