samedi 27 novembre 2010

De l'art de la critique...

Je voulais répondre à ce billet publié sur le blogue de l’ami Jonathan Reynolds mais comme ma réponse était aussi longue qu’un billet et que je me disais que je devrais bien alimenter mon pauvre blogue, j’ai décidé d’être égoïste et de le garder pour moi :-p Alors voici quelques réflexions non-exhaustives sur l’art de la critique, étant moi-même vilain critique à mes heures tant sur ce blogue que dans les pages de Solaris — et avec la réputation d’être très exigeant, selon certains :-)

D’abord, excellente réflexion, Jonathan :-)

Je crois que critiquer/commenter est un art qui s’apprend et qui est parfois difficile à pratiquer, un défi constant :-) Est-ce que j’atteint toujours la cible? Bonne question.

Pour moi, une critique bien faite constitue une aide à la décision pour le lecteur : elle doit permettre à celui-ci de dire « Ah, Philippe-Aubert a aimé/pas aimé ce livre mais avec ce qu’il dit, je crois que moi j’aimerai/n’aimerai pas ce livre » — et dans l’espoir qu’en bout de ligne le lecteur aille se faire son idée soi-même. Je vais faire le joe-connaissant, mais j’aime bien cette phrase de Nietzsche où il disait « soyez-moi fidèle en étant infidèle ». Bref, pensez par vous-même! J’aime que mes critiques soient utiles aux lecteurs, mais je ne veux surtout pas penser pour eux! J’ai horreur des critiques qui détestent que les autres ne pensent pas comme eux et autant des gens qui se fient *aveuglément* aux critiques (mais vraiment aveuglément).

Une critique intéressante, pour moi, ça implique de donner des infos sur l’histoire, mais aussi d’expliciter mes biais personnels — nous en avons tous, soyons honnête, et comme on ne peut les éliminer, eh bien diantre, explicitons-les!

Dire simplement qu’un truc est bon ou pourri n’a aucune valeur. Si un livre ne me plaît pas (ou me plaît), je vais avant tout me poser la question « pourquoi? » Est-ce parce que ce n’est pas ma tasse de thé ou bien y-a-t-il vraiment des problèmes inhérents à l’ouvrage en question? Tenter de départager les deux est essentiel, parce que malheureusement beaucoup de gens confondent les choses qui posent problème dans une histoire avec ce qu’eux n’aime pas ou aimeraient voir — il faut différencier les vrais défauts des trucs plus subjectifs.

Par exemple, j’aime les histoires avec des univers différents et fouillés, avec de la viande en masse — on ne s’étonnera pas que j’adore China Miéville (le sublime Perdido Street Station — oui, pour moi c’est sublime, mais d’autres n’aimeront pas), mais aussi toutes ces bandes dessinées qui vous transportent ailleurs. Or, je suis en ce moment en train de lire un recueil de nouvelles pour Solaris, et vraiment ce n’est pas ma tasse de thé : histoires courtes et légères, très peu de description et de dialogue, des univers à peine esquissé. Bref, de l’air pour moi! Ça manque de viande! :-) Mais je ne vois pas ça comme un défaut : je suis capable de reconnaître que ces textes sont bien écrits et j’ai déjà en tête le genre de lecteurs à qui ça va plaire. Il y en a qui adorent la salade, après tout. Moi, on sait que j’aime la viande…

Pour donner un autre exemple, il y a un roman dont je viens de faire la critique, toujours pour Solaris. J’ai vraiment détesté — mais alors là détesté, j’ai presque jeté le bouquin par la fenêtre et la liste des défauts que j’y vois est très longue. Cette fois-ci j’avoue m’être « lâché lousse un peu », mais j’estime avoir été capable de reconnaître que ça s’adressait à une frange de la population à laquelle je n’appartiens pas — celle qui adore les trucs d’action non-stop avec MacGuffins à la pelle, style films avec Vin Diesel. Mais à côté il y a des choix que l’auteur a fait qui sont vraiment problématiques.

Je ne dis pas les titres, vous découvrirez ça dans Solaris version papier ou électronique :-) Enfin, il m’est arrivé de faire des commentaires avec des biais assumés : par exemple, je me souviens avoir aimé le 4ème Indiana Jones et d’avoir fait un commentaire relativement positif. Tout en assumant explicitement que j’étais un fan fini de la série. Ça me paraît acceptable comme commentaire parce que je reste transparent (malgré tout, je considère les trois premiers volets comme meileurs…).

J’ai tendance à porter attention aux critiques qui fonctionnent ainsi. Ceux qui ne font qu’aligner des « trucs poches » sans je justifier, qui ne me donnent aucune infos pertinentes sur le livre commenté, qui confondent leurs désirs avec des arguments, qui commentent sans tenter de fournir d’arguments solides, ou pire qui ont en partant un a priori négatif contre un auteur pour des raisons personnelles et se vengent, n’ont aucune crédibilité à mes yeux. Leurs critiques sont souvent inemployables pour les auteurs et inutiles pour les lecteurs (j’ai des exemples vus dans un tas de revues ou de sites web, mais on comprendra que je ne les cite pas :-)). Je ne perds pas de temps à les lire, non plus.

Bon, assez perdu de temps sur le web pour les prochaines semaines… N’oubliez pas de sortir vos bottes d’hiver et de faire vacciner contre la grippe!
(N.B. Pour les images, bien entendu je ne parlais pas de critiques culinaires mais coudonc, en pensant aux critiques, c'est à Ratatouille que j'ai songé en premier :-) J'adore ce petit rat...)

6 commentaires:

Gen a dit…

lolol! Je reconnais dans ta démarche critique ta formation scientifique (que je partage) : il faut assumer, reconnaître et avouer ses biais puisqu'on ne peut pas s'en débarrasser.

C'est effectivement ce genre de critique que j'aime lire. Et je crois qu'avec une approche semblable même une critique très négative ne pourra pas insulter un auteur, puisqu'elle sera argumentée et justifiée (elle pourra le décevoir, mais bon, on écrit pas des critiques pour se faire des amis ;)

Philippe-Aubert Côté a dit…

Yep :-) On risque de se faire beaucoup d'ennemis avec les critiques, hé hé...

Mais ce que tu dis est vrai: les critiques ont un côté subjectif mais je crois qu'il faut être quand même rigoureux dans le processus et c'est ma façon de concilier la subjectivité inhérente au processus d'évaluation (après tout, c'est notre cerveau qui critique, pas une machine) avec la rigueur et l'objectivité.

Benoit Bourdeau a dit…

Avec Internet, les critiques sont plus faciles à faire parce que n'importe qui comme toi, moi ou nous, peut écrire sa critique de quelque chose. Quand j'étais dans la musique, je me suis fais menacer de mort et insulter par pure jalousie. C'était méchant, mesquin et gratuit, loin d'être constructif.

Alors, les critique sont bien quand on peut argumenter notre choix et un autre lecteur ne peut ne pas être d'accord avec nous, ce qui est normal. Ce qui est génial avec Internet, c'est qu'un auteur d'un autre pays peut lire ce que tu penses de son oeuvre, ce qui n'était pas (ou moins) le cas voilà une vingtaine d'années.

Bref, la critique pour démolir ne devrait pas être prises sérieusement.

Gen a dit…

Il faut pas oublier aussi qu'à la longue on apprend à connaître les critiques et on sait quand on est d'accord ou en désaccord avec leurs goûts.

Je me souviens de Patrick Huard qui avait annoncé un de ses shows en disant : "la preuve que c'est bon, c'est que Petrowski a détesté". lol! ;)

Philippe-Aubert Côté a dit…

À Benoît: en effet, avec le net, on peut transcender les frontières et tout le monde peut s'improviser critique -- ce qui n'est pas une mauvaise chose. Malheureusement, les gens pensent souvent que liberté d'expression équivaut à "dire ce qu'on veut" alors que ce n'est pas le cas. Avec la liberté d'expression vient le devoir d'appuyer ses dires sur du solide, et ça beaucoup négligent cette étape.

À Gen : exactement! :-D Il y a certains critiques que quand je les lis, c'est systématiquement "Bon, il aime pas, alors moi je vais aimer" (nan, je ne publie pas la liste ici...:-p) Ça rejoint ce que je disais dans le billet...

Lily a dit…

Très intéressants commentaires Phil et oui comme Gen je pense que ta formation scientifique est importante dans ces choix que tu exprimes ici :)
Quant à moi je n'ai pas vraiment analysé mon travail critique, alors savoir si c'est lu et si ça sert.. ;) J'essaie surtout de donner un bon résumé et ce que j'ai trouvé dans le livre. Et je n'ai pas l'esprit de synthèse, ce qui fait régulièrement grogner la dame au fouet.