lundi 21 février 2011

Mieux que "Le poil de la bête"...

De François Lapierre, j’avais fortement apprécié Sagah-Nah, publié chez Soleil. Doté de dessins richement colorés avec un style particulier — pas « réaliste » mais charmant — Sagah-Nah racontait les (més)aventures d’un jeune Abénaquis du temps de la Nouvelle-France qui, parti accomplir un voyage initiatique et spirituel, rencontrait le diable, des extra-terrestres, des sorciers, des monstres, des esprits, des colons Français, des super-héros masqués… le tout avec des dialogues dont le ton moderne convenait parfaitement à cet univers décalé. Et le protagoniste était très sympathique…

Malheureusement, on annonce cette série comme étant « finie » — et certains de mes contacts dans le milieu de la BD m’ont raconté une histoire de différends et de droits d’auteur flous qui empêcheraient sa poursuite. Je ne peux évidemment pas vérifier mais en tout cas j’espère fortement que d’autres tomes verront le jour, l’univers de Sagah-Nah étant assez riche pour nourrir plusieurs albums.

Tout ça pour en arriver au dernier-né de ce bédéiste québécois, Chroniques sauvages — Teshkan, puublié chez Glénat Québec, qui était lancé la semaine dernière chez Planète BD, mon fournisseur habituel…

Le synopsis est alléchant : dans Chroniques sauvages -- Teskan, l’histoire se focalise sur un jeune Algonquin, Teshkan, dont le clan, représenté par l’effigie du cerf, fait figure de paria. En effet, dans la mythologie algonquine, le cerf est réputé pour avoir commis le premier meurtre de l’histoire (superbe révision animalière du mythe de Caïn et Abel jumelé à la chute de l’humanité suite au crime d’Adam et Ève). Comme punition, le cerf est condamné à être pourchassé éternellement par l’esprit du loup, et le clan qui en a adopté la figure comme totem se voit donc accusé des malheurs du monde.

Mais c’était jusqu’à l’arrivée des Français et de leur Dieu unique. Pour conjurer la malédiction du cerf et laver sa réputation, le clan de Teshkan confie à celui-ci la mission d’aller chercher une robe-noire (un jésuite) pour convertir la tribu au christianisme et ainsi tourner le dos aux dieux anciens. Teshkan accepte, honoré, et part donc à la rencontre des Français. Mais si c’était justement par les Européens que l’esprit du loup veut accomplir sa vengeance? Et si la solution était, pour Teshkan, d’affronter cet esprit une fois pour toutes?

Bon, soyons clairs : oui, il est question de loups mais ce n’est pas pour ça que j’ai acheté cet album. Et si, effectivement, il y a de la grosse bête poilue comme je les aime, je n’en savais rien au départ. J’ai acheté l’album parce que j’aime bien les œuvres de François Lapierre et parce qu’il s’agit d’un bédéiste de qualité, et d’un bédéiste québécois qui plus est (et accessoirement collaborateur de Régis Loisel).

Le personnage de Teshkan, mais aussi ceux qu’ils rencontrent m’ont été sympathiques et intéressants, le récit est bien ficelé et solide. Le dessin est un régal pour les yeux (ah ces couleurs!). Mon seul bémol concerne l’ordre de lecture des phylactères dans certaines cases : même s’il y a une logique évidente à leur disposition, il m’est arrivé à quelques endroits d’hésiter, ou même de les lire dans le mauvais sens, mais ce n’est vraiment pas grand-chose. On passe un bon moment et l’album se prête bien à la relecture attentive. Il se fait de la bonne BD au Québec, on en a une fois de plus la preuve!

J’en suis venu à regretter que cet album n’ait pas paru avant qu’on entame le tournage du tout récent Poil de la bête, qui narre aussi une histoire de loup-garou dans le décor de la Nouvelle-France. Je sais que je ne peux pas blâmer le cinéma québécois d’être maintenant arrivé à un stade où il peut produire des histoires fantastiques et de loups-garous. Seulement, à mon avis, Teshkan aurait constitué un scénario encore plus solide que ce qu’on a vu au grand écran, et qui nous aurait permis de passer du temps avec des personnages beaucoup plus sympathiques et fascinants que les ennuyeux serfs du Seigneur de Beaufort, autour duquel le film s’enlisait trop à mon goût.

Teshkan est-il le premier tome d’une série intitulée Chroniques sauvages ou n’est-il qu’un one shot? La fin est volontairement semi-ouverte, visiblement pour permettre à l’auteur d’opter pour l’une ou l’autre de ces options en temps voulu. D’un côté, il est vrai qu’à la fin du récit Teshkan a résolu les conflits internes (et mythologiques) qui l’ont poussé à entreprendre son voyage, et comme ça à brûle-pourpoint je ne vois pas de motif pour le convoquer dans une nouvelle histoire, mais il me semble en même temps que ce jeune Algonquin sympathique pourrait jouer d’autres rôles dans d’autres histoires — pas nécessairement le héros, mais… pourquoi pas? Et m’en plaindrais-je? Mes informateurs habituels m’ont dit qu’une suite à Chroniques sauvages dépendrait du succès de cet album-ci. Si tel est le cas, espérons que le succès sera au rendez-vous... car moi j’en redemande :-)

Pour ceux qui s’intéressent à la BD fantastique, à la BD québécoise et qui veut l’encourager, chaudement recommandé. (Si vous allez aimer, c’est une autre histoire, bien sûr, mais moi j’ai passé un bon moment et je suis sûr que je vais le relire dans le futur, alors je le recommande… et bon, je veux qu'il y ait une suite alors...)

(Sinon, je peux aller chercher mon pendule et faire un coup de "Vos paupières sont lourdes... lourdes..." :-)

1 commentaire:

charles-étienne-mayer a dit…

je sais pas si tu connais yoko tsuno. si tu ne connais pas cette bd de roger leloup,eh bein cours chez planète BD. C'est si bien écrit que je l'ais lus toute la série en une soirée (trente tomes)


tu devrais voir le filtre
c'est écrit fuck