lundi 14 mars 2011

Un après-midi au théâtre avec un homme à la croisée des chemins…

En mai dernier, j’ai assisté à une représentation de L’apprentie, pièce à deux acteurs écrite par Nicola Cormier, jeune auteur de théâtre et metteur de scène dont on a pu lire une interview très intéressante dans l’amusant Solaris 173. Ayant bien apprécié cette pièce qui nous faisait plonger dans l’univers des Tsiganes, je suis allé assister samedi dernier à la dernière création de la troupe dirigée par Nicola et ses collègues, La croisée des chemins — Un homme, ses histoires, sa guitare. J’y suis allé avec Pascale Raud (dont vous trouverez le blogue au titre jouissif ici), quelques amis de mon milieu professionnel et, surtout, une sincère curiosité : La croisée des chemins n’emploie qu’un seul comédien. Si je pouvais envisager l’exploit possible, je me demandais comment cela pouvait se réaliser concrètement. Allons voir, donc…


Sur le coup, la sensation est particulière : aussitôt assis dans la petite salle aux gradins rembourrés, très intime, face à une scène avec pour décor les murs d’une église barrés d’un curieux graffiti, voilà que ce personnage arrive, pas un tsigane comme on le voit dans les vieux films ou les Bijoux de Catasfiore, mais habillé de vêtements contemporains, dépareillés, un curieux chapeau qui n’aurait pas déplu à mon grand-père sur la tête. Il se promène un instant, sans un mot, sans un bruit, examine le graffiti sur le mur, s’installe, pose son sac, sort sa guitare… Entrée en matière particulière, eh? On est loin d’une opérette où tout commence habituellement en musique tonitruante…

Et puis le protagoniste commence à chanter, assis au bord de l’église, comme un Tsigane offrant sa musique aux passants.

Ce Tsigane (quasi) anonyme hésite. Doit-il poursuivre sa vie d’errance, conformément aux traditions de son peuple, ou bien va-t-il se sédentariser, comme les jeunes générations le font de plus en plus? À travers ses chansons, il commence à réfléchir sur ce que sont les Tsiganes — les enfants des routes — les préjugés dont ils font l’objet, les choses et les instruments auxquels on les associe dans l’esprit populaire, sur les raisons de ce nomadisme. Le tout à travers les histoires qu’il entend depuis son enfance, et qu’il nous rapporte au fil de ses idées.

Et soudain, on réalise qu’on est captivé par la pièce depuis le début. Qu’on a été saisi à la première seconde.

La croisée des chemins propose deux trames : une première où un protagoniste hésite sur le chemin que doit prendre son existence, et une seconde où se succèdent plusieurs contes, plusieurs petites histoires successives en apparence séparées, mais qui permettent au personnage principal d’avancer dans ses réflexions. L’effet est intéressant, on peut y puiser ce que l’on veut, selon le type de spectateur qu’on est : on pourrait n’y voir qu’une succession de contes (tous très fantaisistes, touchants, amusants) et apprécier l’ensemble comme une suite de sketches — je pense par exemple à certains enfants qui aimeront sûrement se faire raconter de la sorte plusieurs récits amusants. Mais on peut aussi regarder la totalité de la pièce, soit le monologue d’un individu en proie à des doutes existentiels qu’il résout par ses histoires. C’est comme ça que j’ai personnellement choisi de voir cette pièce, mais ça ne m’a pas empêché de m’amuser comme un fou devant certaines des histoires racontées — comme celle du poète enguirlandé par une bohémienne ou encore celle du Beng bossu (le diable des Tsiganes) — et de rire. Ou d’être touché par des contes plus dramatiques — je frémis encore en imaginant ce hérisson traîner à lui tout seul la vieille bohémienne dehors pour qu’elle puisse voir les étoiles avant de mourir… (Vous vous dites "Mais qu'est-ce que sont ces histoires? Un hérisson? Ah, eh bien il faut aller voir la pièce pour le savoir... :-) )

La pièce offre donc plusieurs niveaux de compréhension qui sauront, je crois, rejoindre, un public large et diversifié. Elle est, de plus, très bien servie par l’interprétation de Carl Veilleux, qui, pendant une cinquantaine de minutes, joue tous les personnages évoqués par ses histoires — à lui tout seul! Je n’ai pas vraiment la compétence pour commenter le jeu d’un acteur, mais je peux dire qu’il m’a convaincu et m’a embarqué, et que malgré l’absence de tout autre comédien, j’ai très bien visualisé les gens auxquels il faisait allusion.


Un très bon texte, une très bonne interprétation… Bref, je crois que c’est une pièce amusante ou touchante (selon ce que vous y puiserez) qui mérite bien le détour. J’y ai passé un bon moment en tant que spectateur, et mes amis aussi.

La croisée des chemins — Un homme, ses histoires, sa guitare
Du 11 au 27 mars 2011 au Studio-théâtre de l’Illusion
Site web : http://www.tincognita.com/
(Les photos sont l’œuvre de MEAA Photos. Merci à Nicola Cormier pour l’aimable autorisation.)

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