samedi 2 avril 2011

De "Citizen Kane" aux "Transformers" : l’alpha et l’oméga d’un géant



Dans les commentaires du dernier billet-poisson d’avril de Guillaume Voisine, on peut voir l’amorce d’une discussion sur les dessins animés qui ont marqué notre jeunesse — ça ferait d’ailleurs un beau sujet de table ronde pour un prochain Congrès Boréal, rappelez-moi d’en faire la proposition si je l’oublie… C’est ce qui m’a donné l’idée pour ce billet, alors que je me demandais quelle nouvelle trivialité déposer sur la blogosphère. (Et coudonc, après rédaction, c’est un long billet que j’ai pondu là… Si vous vous ennuyez, le punch est à la fin…)

Parmi les séries de mon enfance dont je garde un souvenir vif, il y a bien sûr les Cités d’or, dont j’ai déjà parlé, les Schtroumpfs, les Transformers, Astro, et plusieurs autres. De ces séries, je possède les DVD des cités d’or, ceux d’Astro (en version originale et « adulte ») et ceux des Transformers. Oui, j’ai aussi Batman et Spawn, et plein d’anime, mais ce sont des séries de mon adolescence et de l’âge adulte, pas de mon enfance. Je n’ai pas investi dans les Schtroumpfs, toutefois, mais j’ai des figurines qui dorment à Chicoutimi, bien à l’abri :-)).


Rodimus, second chef autobot
Les Transformers constituent un cas particulier : si j’ai toujours trouvé fascinant ces personnages, je n’ai jamais vu la totalité de la série. Je ne me souviens pas si elle était diffusée via les « oreilles de lapin », mais les épisodes dont je me souviens, c’est sur la télé par câble de ma grand-mère que je les ai regardés. Quelques un seulement, et dans le désordre en plus. Assez pour être intrigué et pour me souvenir, mais pas pour reconstituer l’ensemble de cet univers. Quand la série a été rééditée en DVD, je me la suis procurée évidemment et entrepris de me remettre à jour. Pour être franc, c’est assez horrible par moment : les intrigues grouillent de naïvetés scénaristiques qui me font frémir. Avec le recul, je crois entre autres que malgré son aspect rudimentaire, l’animation des Transformers était assez laborieuse et qu’en plus, ils devaient produire rapidement beaucoup d’épisodes (16 épisodes pour la saison 1 mais 49 pour la deuxième). Pas étonnant que côté scénario ça finisse par grincer. Néanmoins, je dois avouer qu’il y avait plein d’idées charmantes et de petits détails qui ont agrémenté cette réécoute — notamment des allusions à des classiques du cinéma comme Le voyage fantastique. Et bon, ce qui est plaisant avec cette série, ce sont les personnages : on s’attache à eux, on finit par les apprécier, chacun avec leur personnalité propre.

Si la saison 2 finit par s’essouffler, les saisons 3 et 4 qui complètent la série (et que je suis en train de visionner) sont pour moi les plus intéressantes, mais j’y reviendrai dans d’autres occasions : c’est du long-métrage Transformers the movie, sorti en 1986, et qui fait la jonction (essentielle) entre les saisons 2 et 3, dont je veux parler.


À mon arrivée à Montréal, j’ai loué ce DVD à la Boîte Noire, et à l’époque, alors que je n’avais pas revu la série, j’ai trouvé cela franchement ringard. En arrivant à la fin de la saison 2 de la série, je me suis reloué le film et, là j’ai adoré. Bon, il faut vraiment remettre les choses dans leur contexte : c’est un dessin animé mi-Américain mi-Toei de 1986 avec une trame sonore horrible typiquement « années 1980 » — sans mentionner les naïvetés scénaristiques à la pelle. Mais en revoyant ce film après avoir visionné la série, je l’ai trouvé audacieux : non seulement la majorité des personnages qu’on apprécie dans la série meurt, mais le déroulement de l’intrigue est comme je les aime : non linéaire, avec des méandres qui nous font découvrir des univers étranges et qui, malgré tout, progresse vers une fin apocalyptique.

Comme je suis un collectionneur maniaque, je me suis procuré le film sur Amazon. Je l’ai eu cette semaine et je l’ai réécouté. Mais je me suis livré à un rituel spécial (Enfin, j'arrive à ce qui m'a donné le goût de rédiger ce billet — j’ai un esprit non linéaire, eh?)

Tout d’abord, j’ai écouté un autre DVD qui figure en bonne place chez moi : Citizen Kane du grand Orson Welles.
Orson Welles (1940's)

Ensuite j’ai écouté Transformers the movie.

Citizen Kane est le premier long-métrage où s’est impliqué Orson Welles. Transformers the movie est le dernier. À cinq jours de sa mort, ce géant du cinéma a enregistré les répliques du principal vilain de ce film, Unicron, un robot dévoreur de monde qui n’est pas sans évoquer le Galactus du Silver surfer. À l’écoute, on reconnaît bien la voix grave et profonde de Welles — une voix qui aurait plu à Darth Vader — et visuellement, Unicron, tout robot qu’il est, possède à peu près les mêmes traits que le cinéaste: 

Unicron


O. Welles en 1975

C’est un long billet pour arriver à seulement un petit fait de ce genre. C’est le genre de coïncidence qui ne change rien, mais devant lesquelles je continue de m’émerveiller — comme les liens entre Cyrano de Bergerac et la Mouche. Je trouve vraiment amusant d’être capable d’adorer à la fois Citizen Kane et les Transformers, et de découvrir que ces films avec rien en commun dans le genre ou l’ambition constituent l’alpha et l’oméga d’un des plus grands génies de l’histoire du cinéma.

Mais bon, Orson Welles n’est-il pas celui qui a si bien utilisé La guerre des mondes de son quasi homonyme H.G. Wells (mon Grand Ancien favori de la SF!) qu’il a réussi à convaincre une partie des États-Unis de l’arrivée des martiens?

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