lundi 18 juillet 2011

Pas si fou que ça, le Phil...


Dans Pour l’honneur d’un Nohaum, les Ourags et les Phytos doivent affronter un ennemi invisible dans les ruines de Moscou : la poussière-espion de Verevkine. Composée de nanobots qui vivent à l’intérieur de la végétation locale dans une relation commensale, cette poussière perpétue la mémoire des événements qui ont ravagé la ville. À leur contact, le voyageur est aussitôt plongé dans une illusion très réaliste, revivant l’enfer de l’Hyperchaos. Seul Neptah le Nohaum parvient à passer par-dessus cette hallucination en reprogrammant son propre système nerveux.

Et regardez ce qu'on trouve en tapant "Nanobot" dans Google...
L’idée de la poussière-espion m’est venue d’une déclaration de l’éthicien Georges Auguste Legault lors d’un colloque sur le posthumain, pendant le congrès de l’ACFAS qui s’est tenu à l’UQAC en 2005. Lors d’une de ses communications enjouées (comme toujours), Georges Legault avait fait allusion aux images extravagantes véhiculées sur les nanotechnologies, en disant un truc du genre « Imaginez, même la poussière va nous écouter! ». (Je ne prétends pas le citer avec exactitude toutefois.)
L’idée de minuscules robots-espions n’est pas neuve (voir la nouvelle Le regard dans L’Archipel du rêve de Christopher Priest, ou encore La proie de Michael Crichton). Mais au moment d’écrire Pour l’honneur d’un Nohaum, l’idée de la « poussière à l’écoute » m’est revenue en mémoire, et comme je n’aimais pas l’idée des nanobots auto-réplicatifs, j’ai pensé à une sorte de symbiose qui ferait en sorte que cette poussière pourrait se répliquer seulement en parasitant la machinerie cellulaire des plantes locales, permettant ainsi de perpétuer la mémoire des lieux. Et de là l’idée que, dans mon continuum des néomorphes, la fabrication de nanobots aurait pu, entre autres, être effectuée à l’aide de plantes modifiées génétiquement. Après tout, dans les débuts de mon doctorat, j’ai été assistant dans un projet de recherche sur les entreprises faisant de la transgénèse, pourquoi ne pas tout mélanger, un coup parti?
Mais voilà que récemment, en effectuant une revue de littérature sur les nanotechnologies, je suis tombé sur la référence de cet article publié dans le très sérieux Journal of Biomedical Nanotechnology:
Title: Plant-Mediated Biosynthesis of Silver and Gold Nanoparticles
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Authors : Dwivedi, Amarendra Dhar; Gopal, Krishna
.Source: Journal of Biomedical Nanotechnology, Volume 7, Number 1, January 2011 , pp. 163-164(2)

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Abstract:.Single-pot biosynthesis of silver and gold quasi-spherical nanoparticles (SNPs and GNPs) in the size range of 10-30 nm was attempted using Chenopodium album (an obnoxious weed). This method is rapid, facile, convenient and environmentally safe. Average crystal size was approximately 12 nm and 10 nm for silver and gold nanocrystals respectively. Synthesized NPs were stable in a wide range of pH as there was less variation in zeta potential values. In synthesis of SNPs and GNPs, naturally occurring oxalic acid played significant role in bio-reduction of silver nitrate and auric acid solution into their corresponding silver and gold nano-colloids in single step rapid process. .

On ne parle pas de fabrication de nanobots ou de poussière-espion par des plantes, seulement de nanoparticules d'or ou d'argent (susceptibles d'avoir une fonction médicale en fait), mais c'est amusant de voir ce qu'on a imaginé un peu "dans le vide" (c.-à-d. fabrication de nano-objets dans un but prémédité par des plantes) faire l'objet d'une publication scientifique après coup (l'article est de 2011, et l'idée de la poussière-espion fabriquée par des plantes, j'ai dû l'inclure vers 2008...)
Il faudrait que je commande l’article pour en savoir plus, mais ça me fait un petit velours : ce qui m’avait paru comme un exemple de SF un peu fantaisiste n’est peut-être pas si éloigné que ça de la réalité :-)
Ceci dit, on est encore très loin de créer des nanobots -- c'est une vraie controverse juste à savoir si on peut y arriver ou non. Dans l'un de ses derniers rapports, la National Nanotechnology Initiative (USA) plaçait les nanobots comme un stade futur des nanotechnologies, mais je suis persuadé que nombre de chercheurs ont grincé des dents devant cette décision...

6 commentaires:

Lily a dit…

Wow, la réalité pourrait rejoindre la fiction ! Et les liens que tu fais sont très intéressants pour comprendre ton raisonnement. :)

Philippe-Aubert Côté a dit…

Hum... J'aimerais bien rencontrer un Ourag, personnellement :-)

Gen a dit…

Cool! :) Je dois dire que j'avais bien aimé le principe de la poussière-espion! :) Et du lieu ayant une mémoire :)

Ça doit être le fun d'écrire de la SF : tôt ou tard, on a une chance que ça devienne réalité! hihihi

Philippe-Aubert Côté a dit…

On est protégé de tous les côtés avec la SF: si ça se réalise pas, je peux me vanter d'être imaginatif; si ça se réalise, je peux me vanter d'être visionnaire, mouhahaha... On va parler de mes visions dans les livres futurs consacrés à mon oeuvre ;-)

Mais tant qu'à rejoindre la réalité, comme je disais, je me contenterais bien d'un Ourag calin et tout doux ;-)

Et j'adorerais voir un Nohaum en vrai...

Carl a dit…

Merci pour ce "bonus" à propos de ta nouvelle. C'est toujours intéressant de voir comment les auteurs regroupent des connaissances et des lectures ensemble afin de construire leur monde.

Philippe-Aubert Côté a dit…

Eh, bienvenue sur ce blogue, Carl :-) Un autre auteur de SF, yé!

De rien!