mardi 5 juillet 2011

(Pourquoi) James Bond (ne viendra jamais) à Montréal…

À l’extérieur, la banlieue montréalaise se transforme en tableau impressionniste. James Bond jette un coup d’œil à l’odomètre (130 km/h), puis regarde dans le rétroviseur (les sbires du méchant au gros minou blanc le pourchassent encore à bord de leurs grosses jeeps) puis enfin vers l’avant, essayant de repérer les failles où se faufiler entre les voitures qui le précèdent sur l’autoroute, de simples masses fugitives.
Le vrombissement du moteur et le sifflement assourdi de l’air à l’extérieur doivent couvrir le bruit des balles, mais à voir les morceaux d’asphaltes qui jaillissent dans le rétroviseur et les étincelles sur le coffre arrière, nul doute que les sbires lui tirent dessus. Mais pour l’Agent 007, c’est la routine. Et puis, cette jolie voiture fournie par Q va encore le tirer d’affaire — Q lui a demandé « gentiment », cette fois-ci, de la lui rapporter intacte.

James Bond appuie sur l’accélérateur. C’est que les sbires le talonnent de près!

Il s’engage sur la voie conduisant au pont Mercier.

Une voie bloquée. Une longue file de voitures s’étend sur des kilomètres, s’écoulant au compte-gouttes en direction de la métropole. « Merde! » Et Q n’a pas installé de gadgets pour passer par-dessus la file… Qu’à cela ne tienne! James Bond fait une embardée, passe par-dessus le garde-fou et avec un vrombissement à faire pâlir de jalousie les Michael Bay et les Jerry Bruckheimer, il se ramasse sur une autre bretelle qui file en direction du nord-est (selon le GPS intégré au tableau de bord).

Dans le rétroviseur, les méchants font de même. C’est qu’ils sont tenaces! Un autre pont, vite! Le premier qui se présente. Le pont… Champlain?

James Bond s’engage sur le tablier, zigzague entre les voitures. Derrière, les mitraillettes des méchants crachent de plus belle… Mais ce pont-ci semble particulièrement friable : les balles qui ne réussissaient qu’à faire voler des éclats d’asphaltes sur l’autoroute traversent littéralement le tablier, projetant en l’air du béton, des fragments d’acier et remplissant l’air de nuages de rouille… Est-ce que, loin après le passage des sbires, le pont s’écroule? James Bond n’a pas le temps de vérifier — en fait, il ne peut pas : maintenant rendue dans la métropole, la voiture prêtée par Q cahote sur les plus gros nids de poule que James n’a jamais vus! Tellement gros et profonds que toute l’ingéniosité de Q s’en retrouve vaincue : les essieux pètent comme de la glace et bientôt la voiture se retrouve le devant enfoncé dans un véritable cratère, le parechoc en l’air.

Mais James Bond sait s’en tirer sans gadgets. Il sort de la voiture, voit que les jeeps des méchants sont toujours à sa poursuite — avançant lentement entre les nids de poule et la forêt de cônes orange qui hérissent les rues. James Bond s’élance dans un sprint en direction de la station de métro la plus proche.

Du coin de l’œil, les sbires, lassés, débarquent de leurs véhicules et se lancent à sa poursuite.

James Bond redouble d’ardeur, entre dans la station, saute par-dessus les tourniquets et descend sur le quai au moment où — miracle! la chance est avec lui! — un train entre en gare.

Il s’engouffre dans le wagon qui s’arrête à sa hauteur, se retourne au milieu des passages qui le toisent d’un œil soupçonneux. En haut des escaliers, les sbires font leur apparition, se dépêchant avec l’énergie du désespoir… Les portes vont se refermer d’une seconde à l’autre et le train va repartir, les laissant plantés sur le quai, fous de rage de voir James encore s’échapper.

Mais les portes restent ouvertes.

Une sonnerie métallique, annonciatrice de malheur, s’élève dans les airs, puis une voix féminine annonce avec froideur : « Une panne de train nous oblige à interrompre le service pour une durée indéterminée sur la ligne verte entre les stations Angrignon et Honoré Beaugrand. »



Dans le prochain épisode, les sbires emmènent James Bond prisonnier dans leurs jeeps et ils partent emprunter l’échangeur Turcot…

(Cela fait des années que cette fanfic me tourne en tête à chaque fois que je me retrouve coincé dans une panne ou un ralentissement de métro -- ce qui arrive quasi quotidiennement maintenant. Tant qu'à polluer mon blog avec un billet d'humeur, autant en rire avec cette icône qu'est 007... et dont les ayant droits, malgré leur ingéniosité à le plonger dans des situations impossibles, ne sont sûrement pas assez pervers pour lui infliger une poursuite comme celle-ci...)

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Oui, ce serait bon, comme scène. J'ai souvent trouvé remarquable, dans les films d'action, comme dans Speed, que les autoroutes étaient toujours dégagées. Le film le plus surréaliste dans cette catégorie est le remake de War of the Worlds, où Tom Cruise arrive à filer à toute allure sur une autoroute où les voitures sont toutes en panne!
Joël Champetier

Philippe-Aubert Côté a dit…

Eh, bienvenue sur mon blogue Joël, c'est une première je crois? :-)

En effet, sur ce plan Speed était quelque chose... Je me suis toujours demandé comment l'autobus fait pour rester en un seul morceau après avoir sauté par-dessus la brèche qui s'ouvre, à un moment donné, dans l'autoroute en construction...

(Tiens, je viens de me rappeler que pour aller au boulot tantôt je vais devoir prendre le métro...)

Gen a dit…

Trop bon, j'en pleure de rire! :)

J'adore! :)

Philippe-Aubert Côté a dit…

En référence à ton commentaire sur ton blogue, content que ce billet d'humeur puisse être récupéré comme cadeau de fête :-)

Isabelle Lauzon a dit…

Mouahahaha! Trop tordant! Belle façon d'exprimer tes contrariétés envers Montréal d'une façon humoristique! James Bond peut aller se rhabiller, il n'est pas assez fort pour affronter notre métropole! :D

Philippe-Aubert Côté a dit…

Hum... Un commentaire pareil pourrait donner l'idée au méchant avec le minou blanc d'élire la métropole comme repaire -- quoiqu'il serait aussi désavantagé... :-)

Lily a dit…

Excellent, même si je ne connais pas bien Montréal, j'ai assez vu le même genre de choses à Québec et entendu aussi parler de ce fameux pont :))))
Un bon sourire du matin, merci Phil !