vendredi 5 août 2011

La descente de la planète des singes

Séances de cinéma en série : hier je suis allé voir Captain America et aujourd’hui c’était Rise of the planet of the apes. Mais comme ce dernier vient juste de sortir, c’est sur lui que je vais focaliser ma critique.

Il y a des films où, en ressortant du cinéma, je suis ravi (Sherlock Holmes et Inception). Il y en a d’autres où je suis ressorti en beau joual vert (The last airbender). Il y en a que je quitte en ayant été ravi, bien que je suis conscient des défauts du film, de trucs que j’aurais envisagés autrement (Captain America, tiens). Mais il y en a d’autres que je quitte plutôt indécis : ai-je aimé ou pas? Puis je réfléchis, je récapitule ce que j’ai aimé ou pas pendant la projection, et j’en arrive à la conclusion que plein de trucs ne tiennent pas debout. C’est le cas de ce Rise of the planet of the apes.

Sincèrement, si j’étais indifférent quant à mon désir d’aimer ou pas ce film, j’étais plutôt bien disposé : j’ai un faible pour les primates (les gorilles surtout), je trouvais les bandes-annonces alléchantes et j’anticipais que, pour expliquer l’origine des singes savants, on allait fournir un scénario beaucoup plus plausible que dans les films des années 1970. En effet, dans le troisième et quatrième volet de cette série vu il y a longtemps à TVA, on apprenait que les singes parlants rencontrés à l’origine par Charlton Heston proviennent d’un paradoxe temporel de type « circuit fermé » provoqué grâce au vaisseau spatial qui lui a permis d’échouer sur la Terre du futur. Ironique quand on le réalise, mais qui ne tient pas debout. Passons : conclusion, j’étais très bon public.

Pour le résumé, je cite celui publié par mediafilm, qu’on trouvera à cette page :

Grâce à ses expériences auprès des chimpanzés, Will Rodman a mis au point un vaccin favorisant la regénérescence des cellules du cerveau. Alors que Gen-Sys, la compagnie pharmaceutique de San Francisco pour laquelle il travaille, s'apprête à tester le vaccin sur les humains, la révolte d'une cobaye chimpanzé fait échouer le programme. Dans la tourmente, Rodman sauve le bébé de celle-ci et l'emmène clandestinement chez lui. Au fil des ans, l'animal génétiquement modifié baptisé César montre des signes d'intelligence et d'attachement exceptionnels. Parallèlement, Will a injecté le vaccin à son père atteint de la maladie d'Alzheimer, dont les symptomes ont disparu complètement. Pour un temps. Un incident impliquant ce dernier arrache César à son maître et l'envoie dans un refuge pour primates, où les mauvais traitements que lui-même et ses compagnons subissent alimentent sa colère intérieure. Avec la complicité d'un oran-outang, César prépare une révolution.

Vu comme ça, ça marche : l’idée d’un vaccin constitué d’un pseudo-virus vecteur de médicament est plausible (pas plus tard que la semaine passée, j’ai mis la main sur un article qui parle de ce genre de technologie encore à l’étude). Si une première version de ce vaccin donne à César l’intelligence qui le rend unique, les chercheurs du laboratoire mettent au point une seconde version, à l’aide d’un virus transmis par l’air, qui va se révéler très dangereux : si ce nouveau vaccin rend les primates plus brillants, il provoque des fièvres hémorragiques chez les humains (ah ben, on a la voie pavée pour une planète où tous les humains sont morts et seuls les singes intelligents survivent). Sur ce plan, je n’en ai rien à dire : c’est solide.

Le principal intérêt du film, maintenant : César lui-même, et tous les singes en général. Ils sont fichtrement bien faits! Je suis admiratif devant la technique d’animation, mais aussi le travail des acteurs (Andy Serkis en tête) pour lesquels jouer les primates avec des capteurs en vue d’un traitement infographique doit être assez difficile. Sans parler de tout le travail pour 1) connaître les mimiques et la gestuelle des singes, 2) décider de quelles mimiques et gestuelle il faut employer pour passer des informations au spectateur. Sur ce plan, je suis très admiratif. Outre l’animation, le personnage de César est archi-sympathique, on se prend d’affection pour lui (bien plus que pour les humains), on aimerait le consoler, etc. La manière dont, une fois enfermé avec d’autres singes, il parvient à devenir le chef de ces derniers et à fomenter une révolte est très plausible, très bien amenée. Ce sont, à mon sens, les meilleurs moments du film. La révolte des singes est très impressionnante (bien que par moment, à voir le désordre qu’ils causent, on jurerait qu’ils sont des milliers… alors qu’au bas mot, ils ne doivent pas dépasser les 200 individus.) Et quand César parvient, contre toute attente, à prononcer le mot "Non"...


(Pour être franc, César a plus de présence que James Franco, extraordinairement éteint dans son rôle. Il joue d’un air absent, comme si le film l’emmerdait — ce qui a peut-être été le cas… Mais franchement, j’ai adoré la prestation de John Lightow, très touchant et convaincant en vieux monsieur souffrant d’Alzheimer et qui retrouve une certaine joie de vivre au contact de César.)


Ça, c’est ce qui a été intéressant pour moi. Mais en réfléchissant à la sortie du cinéma, je me suis rendu compte qu’un tas de trucs ne tenaient pas debout, en plus de ce qui m’a fait grincer des dents pendant la projection elle-même… D’abord, je suis profondément EXCÉDÉ de voir des films suivre les mêmes ficelles dès qu’il est question de montrer des chercheurs en action. Je ne ferais pas la liste, mais j’ai tellement vu les gens du labo de Gen-Sys commettre de bourdes (genre de bourdes que même un profane hausserait le sourcil) que je n’ai pas cru une seconde avoir affaire à des chercheurs sérieux (la scène où ils inoculent un virus à un singe avec de petits masques respiratoires plutôt qu’un scaphandre, impensable compte tenu du genre de virus avec lequel ils travaillent est un sommet de sottise… MAIS il faut qu’un employé soit contaminé pour les besoins du film…). Bien entendu, Will Rodman va commettre toutes les infractions classiques du savant fou pour faire avancer l’intrigue : ramener le petit singe secrètement chez lui, faire subir à son père malade le traitement expérimental dont personne n’est sûr qu’il fonctionne parce que positif chez un seul singe, et surtout garder le secret pendant des années alors que son ambition est de voir ses travaux arriver à des résultats concrets… Fouillez un peu, des poux, vous allez en trouver. 

Personnellement, j’en ai plutôt marre que les scénaristes d’Hollywood refusent de concocter une histoire qui tienne compte de la manière dont des chercheurs se comporteraient dans la vraie vie : ça donnerait des histoires différentes, ça serait un beau défi, mais non. Je me demande à chaque fois pourquoi les scénaristes et les réalisateurs ne se donnent pas la peine de demander l’avis à de vrais chercheurs pour pointer les sottises d'un scénario, puis en me rappelant de ce que des gens du cinéma d’ici m’ont raconté, je me dis que s’ils le font, ça ne va pas se traduire en scénarios améliorés : Hollywood adore les clichés et les ficelles grosses comme des câbles d’acier pour pont suspendu…  

Et pour expliquer pourquoi César se révolte, bien entendu, on adopte encore la solution facile : il est mis en contact avec des humains méchants, mais surtout tellement caricaturaux que ça en devient risible (le voisin chiant, Brian Cox en conservateur véreux, Tom Felton en gardien tortionnaire — dommage, j’espérais le voir dans un autre rôle qu’une brute à la Drago Malefoy…).

Sans oublier comment c’est patenté avec le gars des vues : le type du labo qui a choppé le vilain virus, plutôt que d’aller à l’hôpital ou de se rapporter à son labo (d’allumer qu’il a été contaminé, bref), ben il vagabonde en contaminant tout le monde, dont le voisin chiant… Gars des vues, donc.


Bon, en gros, attendez le DVD pour voir le personnage de César qui est vraiment fun. Mais de grâce, n’allez pas au cinéma, il faut que ce film fasse un bide au box-office! Pourquoi? Parce qu’en arrière-plan de Rise of the Planete of the Apes, on voit qu’une mission habitée est envoyée vers Mars, mais que celle-ci, au moment de la révolte des singes, semble mystérieusement manquer à l’appel…

Non, pitié! S’il vous plaît! Pas encore un REMAKE! Et pas un (deuxième) remake de La Planète des singes! Il y a tellement de bonnes histoires qui dorment dans des romans, pourquoi ne pas aller puiser là-dedans plutôt que de chercher à ressusciter de vieilles franchises?

6 commentaires:

Carl a dit…

Merci de confirmer mes doutes. Je vais quand même l'écouter pour en faire une critique sur mon nouveau blogue de cinéma (il faut que je le nourisse, ce monstre), mais au moins je sais à quoi m'attendre.

Cela dit, je vénère les cinq films de la planète des singes. Après celui de Tim Burton, je considère qu'il n'est plus besoin d'en faire d'autres.

Philippe-Aubert Côté a dit…

J'aime bien ton blogue de cinéma, aussi l'ai-je mis illico dans mon blogroll :-)

Concernant tes derniers mots, moi de même: je trouvais que c'était assez après le film de Burton. À la limite, je peux accepter l'idée d'une prequel (tout en me disant qu'on pourrait bien faire autre chose) mais un troisième remake de la Planète des singes? Non merci! Déjà que je ne comprends pas qu'ils refassent Spider-man...

Il y a un autre truc qui m'a dérangé le film: c'est le patron de James Franco -- il connaît une fin vraiment ridicule mais surtout il se comporte d'une manière tout à fait illogique pour un directeur de labo: il conclut que la découverte de Franco fonctionne et mérite d'être présenté aux actionnaires de sa compagnie alors qu'il n'y a qu'un résultat positif, ensuite il coupe les vivre à son protégé pour après ça lui donner carte blanche pour reprendre ses recherches sans avoir vu la moindre donnée... MAIS pour le film il faut un directeur croche qui va tout faire dérailler...

Tu me diras si la scène finale ne te rappelle pas E.T. après l'avoir vu :-)

Carl a dit…

Merci pour le lien dans ton blogroll, je veux vraiment faire connaître ce blogue. Pour te remercier, je vais bientôt mettre une critique du film Kari-gurashi no Arietti, le dernier des studios Ghibli, j'ai cru comprendre que tu aimais ce genre ;)

Philippe-Aubert Côté a dit…

Hum... Moi un fan d'anime? :-p (OK votre honneur, je plaide coupable et fier de l'être...)

Ce que j'aime bien dans les anime, c'est que les asiatiques ont souvent une manière de raconter les histoires qui n'est pas la nôtre: ils ne sont pas linéraires, n'hésitent pas à faire intervenir beaucoup de monde, il y a des détours... mais ça marche. Et c'est l'fun. Miyazaki en est un bon exemple: il ne nous épargne guère de détails dans Le voyage de Shihiro, et pourtant ça fonctionne. C'est même nécessaire.

Un peu comme Rosemary's Baby, tiens... Ou certains films de Tim Burton, dixit lui-même :-)

Carl a dit…

Ouais... On dirait bien qu'on a des goûts en commun !

Philippe-Aubert Côté a dit…

Hé hé... :-) Vite, la critique maintenant!