mardi 27 septembre 2011

Pour les fans d'ACP, voici le tome 2.5!

Bien entendu, après avoir commenté les deux premiers tomes (ici et ici) de la série Académie des Chasseurs de Primes, je ne pouvais passer à côté du Tome 2.5 sorti depuis le 14 septembre dernier. Pourquoi « 2.5 »? Parce que En vacances! constitue un intermède ludique entre le dernier tome et le prochain. Plutôt que de proposer une histoire globale occupant l’album d’un bout à l’autre, cet album nous offre plutôt une série de courtes histoires réalisées par des dessinateurs différents. En effet, suivant les instructions de Champoux, Godbout et Lacombe, une dizaine d’artistes se sont partagé la réalisation des dessins et des couleurs (soit Alejandra Argañaraz, Ève Bolt, Valérie Fontaine, Benoit Godbout, Michel Lacombe, Sylvain Lavoie, Jean-Noël Lemoal, Olivier Migneron, Yanick Paquette, Julie Poupart, Marie-Émilie Rowe et André Séguin). Sur ce plan, ce tome « 2.5 » m’a rappelé certains anime où l’histoire se découpe en séquences réalisées par des dessinateurs différents (Robot Carnivale ou Dante’s inferno par exemple, où le style d’animation change à chaque cercle de l’enfer visité par Dante). Il m’a fait penser aussi à ces épisodes parodiques, dans certaines séries télévisées où, plutôt que nous offrir un épisode qui fait « progresser l’intrigue », on nous offre une émission drôle, ou qui ont pour but de nous faire passer plus de temps avec les personnages.

Dans ce tome parodique, les élèves de l’Académie des Chasseurs de Primes partent en vacances… mais peut-on vraiment passer des vacances tranquilles dans une vaste communauté galactique sillonnée de pirates, de monstres, d’extra-terrestres aux mœurs douteuses, de planètes hostiles, de parcours de golfs apocalyptiques et de repas d’où peuvent jaillir nombres de petits aliens sympas? Sans oublier, bien sûr, les belles-familles ou, pire, sa propre famille? On s’en doute, peu importe l’endroit où ils se retrouvent, les académiciens n’ont guère le loisir de végéter ou de s’adonner au shopping. D’autant plus qu’être chasseur de primes, ça implique d’avoir le réflexe de se mêler des affaires des autres, surtout quand elles paraissent louches…

L’ensemble de l’album se présente donc comme une suite de mésaventures hilarantes, chacune réalisée par un dessinateur différent, ponctuée de flash-backs qui nous permettent d’en apprendre plus sur certains des protagonistes rencontrés dans les deux précédents tomes (par ex. Le clan Alzo…). Par le fait même, certains détails de l’arrière-monde d’ACP observés dans les deux autres tomes trouvent un début d’explication (Set et Kaede), tout en soulevant des questions qui seront sans doute abordées dans les tomes subséquents. On oscille tantôt entre la parodie SF (Le banquet) et les moments plus dramatiques (Set et Kaede). Ici et là, il y a de petits moments où l’on s’écrie « Ça, c’est un trait de génie! ». (Personnellement, j’ai bien ri dans l’épisode « Sigmund et Valentin » quand les clients de la discothèque transforment leur danse en une « manifestation collective d’art martial » pour mieux affronter les « licornes » qui les attaquent. À les voir se déplacer ainsi sur la piste de danse, j’entendais presque les mouvements synchronisés des zombies dans Thriller…)

Personnellement, je dois avouer que même si je préfère les aventures d’ACP qui emplissent un album d’un bout à l’autre, je n’ai pas détesté l’intermède ludique formé par ce tome 2.5. Côté scénarios, on est loin d’une succession d’histoires dépareillées, comme dans certains films à sketches (un genre de film que j’aime peu). J’ai trouvé intéressant les différentes variations graphiques des personnages rencontrés dans les autres albums : le style de dessin oscille entre le « cartoon à gros nez » et le « plus réaliste », et si certains aiment moins l’un ou l’autre de ces styles, tous admettrons qu’ils collent bien au genre d’histoire auquel ils sont associés (par exemple le style « gros cartoon » pour l’épisode Sly et Placide). Plus subjectivement, parmi les dessinateurs invités, j’ai bien aimé les dessins d’Eve Bolt, Yanick Paquette et Sylvain Lavoie.

Mon seul gros bémol pour cet album est le même que celui noté pour le tome 2 d’ACP : le format me semble encore trop petit. J’ai dû encore une fois me munir d’une loupe pour bien apprécier les dessins (et ce indépendamment du dessinateur), et signalons que je suis loin d’être hypermétrope. J’aimerais personnellement des albums d’ACP plus grands et avec le double de pages, pour que tout le matériel intéressant montré en annexe soit exploité à fond. Mais là, j’imagine bien que mes envies de lecteurs insatiables doivent entrer en conflit avec d’autres contraintes dont je n’ai pas idée — les coûts de production des albums ne devant en être qu’une :-)

Mon deuxième gros bémol: dans le tome 3, mettez-donc des trucs qui marchent pas! J'ai une réputation de méchant critique à maintenir, moi... :-)

En gros, je trouve qu’ACP tome 2.5 est un intermède ludique intéressant qui nous permettra de tenir jusqu’au troisième volet de la série. Il constitue une expérience graphique amusante et ajoute même de l’information à l’arrière-monde d’ACP. Plusieurs personnages plaisants sont introduits, et j’aimerais bien les voir creusés davantage plus tard (j’ai eu un faible pour le Capitaine Crâne et les Léonins — mais qui s’étonnera de mon intérêt pour un malfrat à tête de mort et des hommanimaux ? ;-)). Un avertissement tout de même : il faut avoir lu les tomes 1 et 2 de la série pour 1) évidemment, s’intéresser à ce tome 2.5 et 2) pouvoir l’apprécier. Un lecteur néophyte risque de se sentir perdu s’il aborde la série par ce tome 2.5, et risque encore plus de voir déflorés certains événements cruciaux des tomes 1 et 2.

Recommandé aux amateurs de la série. Recommandé aux néophytes moyennant les précautions mentionnées ci-dessus, et s'ils apprécient le côté bon enfant de la série :-)

(Pour ceux que ça intéresse, la dernière émission de La vie en BD, qu'on peut télécharger ici, contient une entrevue avec Benoit Godbout, scénariste et dessinateur d'ACP. Sans oublier la pertinente chronique manga de notre chère Pascale Raud sur le manga Ikigami -- dont le sujet est à glacer le sang...)

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