vendredi 16 décembre 2011

"The Spielberg’s production of Tintin"

(Attention lecteurs imprudents, spoilers!)

Petit avant-goût de vacances de Noël : je suis allé voir le Tintin de Spielberg au cinéma. C’est bien le Tintin de Spielberg dont il est question ici, parce que si vous allez voir ce film avec votre album du Secret de la licorne sous le bras pour vous assurer que les décors et l’intrigue du film sont copiés-collés du livre, vous allez grincer des dents!

Mais bon, si vous êtes ce genre de spectateur vous n’irez sûrement pas voir ce film :-)

Je suis allé le visionner en me disant que transformer une bande dessinée en film revient à faire passer une histoire d’une forme d’art (la BD) à une autre forme d’art (le cinéma) dont les règles et les contraintes sont différentes, voire incompatibles — on a qu’à voir les innombrables adaptations ratées de comics de super-héros. Je n’espérais pas que le film de Spielberg soit un copié-collé du Secret de la licorne. Pour être franc, j’espérais même qu’il soit différent. Après avoir tant lu et relu ces albums, un peu de nouveauté et de variations n’était pas une mauvaise chose, selon moi.

Première impression : Waouh!

Visuellement, c’est époustouflant. Les décors, le design des personnages… La fusion entre un style « réaliste » et le style de dessin propre à Hergé (gros nez, etc.) est étonnamment assez réussie (quoique j’ai trouvé les têtes des Dupond-Dupont trop gonflées à mon goût; idem pour la tête de Tintin dans les premières séquences, mais par la suite cela ne m’a pas dérangé). C’est rocambolesque à souhait, avec plein de petits détails que l’amateur de Tintin va repérer avec plaisir, plus des scènes purement jouissives (les mésaventures du capitaine Haddock avec sa boule d’alcool dans l’avion, le duel à la grue entre ce même capitaine et le vilain Sakharine…) C’est la récréation, quoi!


Beaucoup vont grincer des dents devant les libertés prises avec les intrigues originales : plutôt que de se contenter d’adapter le Secret de la Licorne, Spielberg a délibérément combiné cet album avec le cœur du Crabe aux pinces d’or et la finale du Trésor de Rackham le Rouge. Il a, de plus, révisé les rôles de plusieurs personnages. Exit les frères L’oiseau : ceux-ci sont remplacés par Ivan Sakharine, qui passe de personnage tertiaire dans l’album à celui de vilain en chef — il devient même le descendant de Rackham le Rouge, désireux d’en découdre avec le capitaine Haddock. Aussi, la quête des trois maquettes de la Licorne et de ses parchemins emprunte un détour par le Maroc pour progresser un instant dans les ornières du Crabe aux pinces d’or, où l’on en profite pour croiser la divine Castafiore. Dit comme ça, on se demande qu’est-ce qui a pu passer par la tête de Spielberg, mais l’ensemble se révèle très cohérent. De plus, il faut l’admettre, adapter tel quel Le Secret de la licorne aurait donné un long-métrage plutôt lent et étiré. La combinaison des trois albums cités plus haut permet au contraire de fournir assez de péripéties pour remplir les 107 minutes du film. Spielberg a pris, je crois, une bonne décision. Je suis même d’accord avec son choix de déplacer la découverte du trésor de Rackham le rouge à la fin du film et de nous épargner une adaptation intégrale du Trésor de Rackham le rouge — un album bien joli et amusant, mais assez dépourvu d’action. Et puis Spielberg s’est ménagé une porte de sortie, comme les spectateurs le verront.


J’ai malgré tout plusieurs réserves. J’ai trouvé que Tintin envisageait trop rapidement et trop facilement l’existence d’un mystère autour de la Licorne — dans l’album, cela ne survenait qu’au moment de découvrir le premier parchemin légué par François de Haddock; Tintin avait alors une preuve concrète qu’il y avait un mystère


Ensuite, j’ai eu beaucoup de misère avec la surenchère d’action qu’on a dans le dernier tiers du film, et les invraisemblances lors du voyage en avion (Haddock, rallumer un moteur avec son haleine empuantie par l’alcool? Allons…) Je sais, on est dans une bande dessinée et les extravagances sont permises. Mais on dirait qu’il y a une limite au-delà de laquelle, fiction extravagante ou pas, je cesse d’embarquer. Dans Les aventuriers de l’Arche perdue, je pouvais bien accepter qu’Indiana Jones se laisse traîner sous un camion (il en ressortait magané aussi). Mais dans Kingdom of the crystal skull, j’avais trouvé superflu — ridicule, même! — la scène où Mutt fait le Tarzan dans les lianes (et la scène du frigidaire était borderline, aussi…).  Spielberg avait dépassé ma limite de tolérance. Dans Tintin, il s’est produit la même chose à plusieurs endroits : on a beau être dans un film rocambolesque, quand c’est trop gros, je décroche. Que le navire de Rackham le rouge s’entremêle dans les cordages de la Licorne et passe littéralement par-dessus celle-ci, non! Qu’Haddock réussisse à tenir sur le devant d’un hydravion en pleine tempête, non! Et devant l’avalanche de péripéties qui accompagne le trajet de Tintin entre le palais du négociant arabe dont j’oublie le nom et le port, j’ai vite crié « Grâce! ». Spielberg et Peter Jackson, son complice, ont de très bonnes idées, mais ils sombrent facilement dans l’extravagance (d'ailleurs, le King Kong de Peter Jackson m'avait fait sourciller, aussi...)


Mais en dehors de ces réserves, ce Tintin reste une distraction très agréable et très bien faite. C’est un Tintin vu par Spielberg, et même si ce n’est pas comme les albums d'Hergé, je crois que le vénérable réalisateur a très bien saisi l’esprit derrière ces albums (le générique en fait foi). C’est plus cet esprit qu’il a porté à l’écran que les albums eux-mêmes. Et c’est très acceptable.

Reste à savoir si les spectateurs américains vont acheter. Le film m’a parlé et m’a fait sourire parce qu’il me rappelait des albums cent fois lus. Mais pour un spectateur novice? Hum…

Prochaine sortie ciné: Sherlock Holmes 2... :-)

P.S. Ma scène préférée, c'est quand même la première, quand on voit Hergé dessiner Tintin... Très cute :-)

5 commentaires:

Carl a dit…

Merci pour le tableau ! Tes critiques me font envie. Si seulement j'avais le temps et l'énergie de continuer mon blogue cinéma...
Pour ce qui est de Tintin, j'irai certainement le voir.
J'ai hâte qu'on se croise au prochain Boréal pour parler de films :)

Philippe-Aubert Côté a dit…

On va sûrement avoir beaucoup de choses à se raconter côté film :-)

Mais faut dire que tenir un blogue ciné est une méchante entreprise! Voir un max de films au ciné est un exploit difficile à réaliser quand on est pas un critique dans le domaine.

Ceci dit, j'ai bien hâte à tes prochaines critiques éventuelles: elles sont bien faites :-)

Isabelle Lauzon a dit…

Arrrggg! Tu me donnes encore plus le goût d'aller voir ce film! Dans le temps des Fêtes, mais pas avant, pas le temps... :(

Il était évident, dès le départ, que Spielberg ne pourrait pas adapter les BD de façon stricte pour que l'intrigue du film soit identique... S'attendre à ça, ce serait s'attendre à être déçu.

Pour ma part, je recherche plutôt l'esprit des Tintin, comme tu le dis si bien. Côté visuel, si je me fie aux bandes annonces, ça me semble très réussi. J'ai hâte d'aller le vooooooooiiiiiirrrrrr.... ;)

Guillaume Voisine a dit…

Je ne suis pas, a priori, un fan de Tintin (je sais, je sais :S), mais j'ai bien aimé.

Côté invraisemblances, j'ai grincé les dents aux mêmes endroits que toi. Et j'ai aussi été un peu dérangé par les motivations de Sakharine pour en découdre avec Haddock. Une genre de "haine génétique", vraiment? Come on!

Philippe-Aubert Côté a dit…

En effet, l'espèce de vendetta de Sakharine à l'égard de Haddock chicote un peu -- c'est pas une mauvaise idée mais il aurait fallu étoffer: pourquoi le bonhomme Sakharine accorde-t-il de l'importance à cette vengeance? Dans une histoire fantastique ça passerait mais dans une histoire a priori réaliste, faut de bonnes raisons -- autre que le bonhomme est timbré parce que c'est le méchant.

De plus, ça sous-entend que Rakcham le rouge a survécu pour raconter son histoire à sa descendance, ou un truc du genre...