vendredi 6 juillet 2012

Après Prometheus, (re-) voici Spiderman... (MAJ)

(MAJ : après avoir relu ma critique à l'écran, j'ai trouvé les paragraphes centraux confus et je les ai réécrits. Vraiment, taper directement dans blogger ne me réussit pas! Surtout après une séance au cinéma et un passage dans la chaleur et l'humidité...)

En apprenant qu’on faisait une version 2.0 de Spiderman, j’avais décrété que c’était un gaspillage éhonté. Que l’Homme-Araignée ait connu plusieurs réinventions en dessins animés, voire même dans les comics, cela pouvait se comprendre. Mais refaire un nouveau film avec des acteurs réels alors que le Spiderman de Sam Raimi date seulement de 2002… C’était pour moi des millions qu’on aurait pu consacrer à d’autres sujets (la SF, surtout littéraire, regorge de bonnes idées qui ne demandent qu’à être filmées, alors…).

Mais bon, le preview de cet Extraordinaire Spider-Man, vu au dernier Boréal, m’a intrigué, puis les synopsis glanés sur le web ont achevé de piquer ma curiosité : on promettait de se pencher sur la disparition des parents de Peter Parker, il semblait y avoir du mystère… Et le méchant ce coup-ci n’était nul autre que le Lézard -- plus jeune, je l’aimais bien dans les dessins animés, celui-là. Un dragon en sarrau, ouah!

À vrai dire, à force de voir les bandes-annonces, j’avais échafaudé trois ou quatre scénarios possibles pour L’Extraordinaire Spider-Man; tous m’intriguaient et je me demandais lequel de ceux-ci les scénaristes hollywoodiens allaient avoir retenu. Je me suis donc payé un vendredi après-midi au ciné, à l’air climatisé, sans avoir d’attente particulière — avec Prometheus, j’ai été dompté pour un bout de temps côté attentes!

Mon verdict? Eh bien les trois ou quatre scénarios construits dans ma tête étaient tous bien meilleurs que ce que j’ai vu cet après-midi! J’ai l’air de le dire de haut, mais c’est sans prétention : il me semble sincèrement que les éléments d’intrigue présentés dans ce film auraient pu être assemblés et développés d’une manière différente, plus efficace et plus intéressante.

(Quelqu’un avait dit quelque part, je ne me souviens plus qui ni où ni quand, que vu le nombre de personnes qui intervenaient dans la construction d’un film après le scénariste, ce qui est surprenant ce n’est pas de voir autant de films pourris, mais de voir un bon film une fois de temps en temps!)

Le début est très accrocheur : on commence avec le mystère de la disparition des parents de Peter Parker. Dans L'extraordinaire Spider-Man, le père du jeune Peter est un éminent biochimiste, il est question de recherches scientifiques au potentiel extraordinaire, d’espionnage industriel… Devenu adolescent, Peter, confié évidemment aux bons soins de son oncle Ben et de sa tante May, découvre les notes laissées par le disparu. Pour comprendre ce qui est arrivé à son père, le jeune homme rencontre alors l'ancien collaborateur de ce dernier, le Dr Connors. Une rencontre qui aura des répercussions de taille : c’est au contact des OGM et des technologies élaborés par son père, et conservés dans les laboratoires de Connors à la Osbourne Corporation, que Parker acquiert ses pouvoirs d’Homme-Araignée. Et c’est en aidant indirectement Connors dans ses recherches que le jeune homme favorise la transformation du savant en invulnérable homme-lézard. Le Lézard, obsédé par l’idée de donner une santé à toute épreuve à tous les habitants de la planète (c’est quand même gentil de sa part :-p), conçoit un plan pour changer tout le monde en monstres reptiliens (une obsession bien mise en évidence dans la série animée qui passaient au milieu des années 1990, si j’ai bonne mémoire — en tout cas, quand on dit que les plans les plus mégalomanes reposent sur de bonnes intentions… :-))

Le synopsis est accrocheur : on se demande quels sont les liens entre la disparition des parents de Peter, la transformation de celui-ci en superhéros, le Dr Connors, l’Osborne Corporation… J’avais imaginé plein d’hypothèses, plein d’histoires où tout cela serait bouclé en une seule grande explication qui m’aurait faire dire « Wow! Ça valait la peine de faire un autre film sur le sujet, finalement… » Mais une fois ces mystères posés au début du film, ils sont complètement mis de côté pour se focaliser sur l’histoire de Peter Parker qui découvre ses pouvoirs d’homme-araignée et construit son personnage de superhéros après la mort de son oncle Ben.

Et à mon avis, c’est là le gros problème : dans le Spiderman de Sam Raimi, on était obligé de montrer comment Peter Parker acquiert et développe ses pouvoirs, et les circonstances qui le poussent à devenir un superhéros. On était obligé parce que c’était le premier vrai film mettant en scène l’Homme-Araignée (excepté un navet dans les années 1970), et il fallait bien raconter l’histoire à partir du début. Pour L’extraordinaire Spider-Man, cela devient malheureusement inutile dans la mesure où les spectateurs (à l’exception des plus jeunes, peut-être, et encore…) connaissent déjà cette partie de la vie de l’Homme-Araignée. Était-il nécessaire de nous montrer encore un Peter Parker tête de Turc de son école secondaire, de passer de longs moments sur l’exploration de ses pouvoirs d’araignée, sur ses problèmes amoureux, etc? Il me semble qu’on aurait pu faire comme le Batman (1989) de Tim Burton, ou la série animée de Spiderman des années 1990, soit démarrer avec le superhéros déjà en fonction, et nous expliquer par quelques flash-back (ou autre approche) ses origines. Batman Begins (2005), en nous montrant en direct la naissance de Batman, était intéressant parce que cette naissance n’était *qu’esquissée* dans le film de Burton (1989). Mais dans le cas de L'extraordinaire Spider-Man, consacrer près de la moitié du film à la naissance du super-héros, alors que la version de 2002 la montrait déjà très bien, n'engendre qu'une longue redite qui ne creuse pas davantage le personnage. La première heure du film, hormis les (trop rares) scènes où Parker enquête sur la disparition de ses parents et rencontre le Dr Connors, n’est qu’un long déjà-vu qui fait regarder sa montre en se demandant « Bon, le méchant débarque bientôt? ».

Et quand le méchant Lézard arrive, on a droit enfin à quelques scènes spectaculaires… entrecoupées d’anecdotes amoureuses entre Peter Parker et Gwen Stacy, sans oublier plusieurs dialogues creux. Le personnage du Dr Connors/Lézard est plus complexe dans les comics et les dessins animés que ce qu’on nous montre dans le film — on a retenu les éléments les plus simplistes du personnage du savant fou pour faire de Connors une sous-émule du Bouffon Vert joué par Willem Dafoe. Au moins, la finale nous montre le docteur plus proche de ce qu'il est dans les comics, mais en infraction avec le reste du film! (J'avoue quand même que la scène où Connors se place à côté d'une vitre pour se donner l'illusion d'avoir récupéré son bras amputé est très efficace...)

Et bien entendu, j’ai soupiré tout le long devant les énormités sur la vie des scientifiques! Qu’une étudiante du secondaire comme Gwen Stacy, l’amoureuse de Peter, soit une sorte d’assistante pour Connors et qu’elle prépare l’antidote contre le Lézard… Ben voyons donc! Que le Dr Connors improvise tout seul un laboratoire fonctionnel dans les égouts alors que ses expériences doivent nécessiter la plus stricte hygiène, franchement! Et honnêtement, ces messieurs d’Hollywood et de Marvel ont sûrement assez de fric et de ressource pour se permettre de visiter un vrai laboratoire et de voir comment on procède à certaines opérations mineures — pour faire une injection à une souris, on utilise des cages de contention, on ne tient pas une souris dans ses mains alors que son collègue fait la piqûre!

Il y a de bons éléments quand même : Martin Sheen est purement jouissif dans son rôle d’Oncle Ben, le costume de l’Homme-Araignée est toujours sympathique, il y a plusieurs répliques savoureuses entre deux dialogues creux… Mais je me suis ennuyé de Toby Maguire et de Kirsten Dunst! Et surtout, j’ai été frustré que la résolution des mystères semés au début du film soient ensuite tout simplement écartés de l’intrigue. Je suis vraiment tanné des films qui sont laissés incomplets pour forcer le tournage d'une suite et (re)lancer une franchise…

Bref. Je ne peux pas dire que je sois déçu comme je l’ai été pour Prometheus (qui n’avait pas le droit à l’erreur!), mais j’en ressors en disant « Bof ».

2 commentaires:

Josée a dit…

Nous sommes allés le voir hier soir (au Ciné-Parc!!!).
Pour le début, l'origine, on ne peut s'empêcher de comparer, l'autre série est trop récente. Et pour les gens peu habitués aux mille et unes versions des comics - comme mon conjoint - ça sème la confusion: Quelle version est la vraie? Quelle histoire est la plus proche de celle écrite?

J'ai bien aimé quand il est Spider-man: l'humour, la répartie si caractéristique. Mais je trouve que ça ne colle pas avec le personnage de Peter Parker. Je n'arrive pas à croire que c'est la même personne.

Et je suis d'accord pour l'intrigue, on ne semble jamais vraiment embarquer dedans. Elle manque de rythme, de soutenu.

En passant, j'adore lire tes critiques, qui sont toujours bien argumentées et exprimées. Je travaille à atteindre ces qualités pour les miennes.
Bravo.

Philippe-Aubert Côté a dit…

Merci Josée :-) Disons que j'essaie d'écrire des critiques qui donnent surtout assez d'infos pour que le lecteur se dise "Phil a aimé ça/n'a pas aimé ça mais avec ce qu'il me dit j'ai assez d'infos pour anticiper que moi je vais aimer/ne pas aimer et je peux donc décider si je vais voir le film ou pas -- ou lire le bouquin ou pas.

Parfois les circonstances se prêtent moins bien à ce genre de critique mais on essaie quand même :-)